Xavier DARCOS ou l'art de transformer le système scolaire en jungle concurrentielle

Publié le par S&D32

Ecole.jpgAlors qu’une grande majorité de nos concitoyens sont encore sous le charme de l’ex-nouveau couple présidentiel, alors que nombre d’entre eux applaudissent ces nouveaux ministres d’ouverture attirés par les paillettes des palais de la République et les gains substantiels y afférant, le " Sarkoland "se met progressivement en place.
Premier à ouvrir le cahier des promesses de Nicolas Sarkozy : Xavier Darcos, le nouveau ministre de l’Education nationale vient d’annoncer devant la PEEP, association de parents d'élèves classée à droite, réunie en congrès le week-end dernier, la suppression progressive de la carte scolaire : à la rentrée prochaine, 10% des établissements scolaires seraient concernés, pour aller vers l'abolition totale de la carte scolaire à la rentrée 2008.

Idée séduisante dans un premier temps, et elle a même séduit jusque dans nos rangs durant la campagne: au nom de vouloir " construire une école plus juste " ( tiens donc ! ) le ministre avance, pour défendre son projet, un argument social : la liberté enfin offerte aux parents d’inscrire leur(s) enfant(s) dans l’établissement scolaire de leur choix.

Certes, aujourd'hui, tout le monde sait que seuls les parents initiés et parfaitement informés des méandres de l’institution scolaire, jouissent de cette liberté et détournent la sectorisation scolaire, soit en inscrivant leurs enfants dans le privé, non soumis à la carte scolaire, soit en contournant dans le public cette carte par une parfaite connaissance des "bons" établissements et des moyens pour déroger à la règle.

Supprimer la carte scolaire tout en garantissant l'excellence de tous les établissements ? Pourquoi n'y avoir pas pensé plus tôt... Bref, la droite avance habilement, au nom de la liberté et de l'égalité, cette suppression, en faisant croire aux plus modestes qu’elle va leur octroyer les mêmes droits qu’aux plus nantis ! Foutaises ! Sur quels critères seront désormais inscrits les élèves ? Monsieur Darcos peut-il répondre à cette question simple ?

Donner l'illusion aux parents "naïfs" qu'ils pourront choisir " librement " l'école de leur choix pour leurs enfants, quelle désillusion quand ils vont se rendre compte qu'il n'y a plus de place dans les " bonnes " écoles qui auront "librement" accueilli les meilleurs élèves . Entre les pauvres "libres" et les riches "libres" lesquels auront "librement" satisfaction ?

Avec la suppression de la carte scolaire , de nouveaux critères de sélection verront le jour
, notamment celui du carnet scolaire, véritable juge de paix du parcours scolaire de chaque enfant.
Et quand Xavier Darcos annonce que " les établissements scolaires seront dotés d'une plus grande autonomie pour leur permettre de mettre en œuvre les projets pédagogiques les plus ambitieux " on devine que des établissements seront inéluctablement réservés aux bons élèves qui progresseront encore plus alors que d’autres seront occupés faute de place par les élèves les plus faibles et qui le resteront.

Discrimination et ghettoïsation, voilà les retombées de la suppression de la carte scolaire.


Le Parti socialiste s’est insurgé, à juste titre, contre cette initiative : retrouvant un ton, oublié ces derniers temps sur cette question, il accuse le ministre de vouloir "casser l'école républicaine", estimant que ce projet reviendra à " transformer le système scolaire en jungle concurrentielle " et à déclencher " une explosion des situations de ghettoïsation scolaire et de séparatisme social ".

Le service public d’éducation ne peut exister sans idéal de démocratie, sans transmission de valeurs, sans la volonté de mettre en œuvre une politique d’aménagement du territoire audacieuse, cohérente, novatrice et concertée, à l’initiative de l’Etat, garant de l’intérêt général.
Or l’Etat, Monsieur Le Ministre, il a l’obligation de permettre l’accès de tous les enfants à l’école publique par l’ouverture et le maintien d’établissements partout sur le territoire, le développement du service public d’éducation dans les zones défavorisées, et le développement de l’école en milieu rural. Quant à la sectorisation, elle doit être utilisée, sans dérogation ou contournement de complaisance, comme outil du service public et garante du respect du principe d’égalité de droits et d’accès à tous, sans discrimination.


Par ailleurs, cette sectorisation doit certes tenir compte des réalités du terrain mais en quoi sa suppression , Monsieur Le Ministre, contribuera-t-elle à "construire une école plus juste".

En réalité vous souhaitez appliquer entre les établissements scolaires le principe de l’immigration choisie chère au Président de la République.
Mais alors, l'égalité sociale dont il parle n'est pas sa priorité ? Quelle surprise...


Philippe PUGNET
Responsable départemental
Socialisme & Démocratie 32
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