DE L'INVENTAIRE AU VIDE-GRENIER

Publié le par SD32

CARREIRAS.pngJoël Carreiras, conseiller régional de Midi-Pyrénées, appelle les socialistes à la "lucididé", après la défaite de la présidentielle .

Le résultat des présidentielles doit désormais être évalué à sa juste mesure au regard de l’histoire du pays comme de l’avenir de la gauche. A l’instar de notre candidate manifestant le souci constant d’une écoute attentive du peuple, nous ne pouvons ignorer le moment essentiel de son expression qui est celui de l’élection elle-même.

Si notre mémoire militante en retiendra une ferveur fortement structurée par une volonté de rénovation et par le rejet de N. Sarkozy, l’histoire retiendra quant à elle les 25 % d’une gauche asséchée au 1er tour et une défaite finale à 47 % au second.

Or, l’histoire politique n’est pas qu’une succession d’évènements. Ce qui importe est d’en analyser les processus d’accouchement car la paresse serait de confondre symptômes et solutions.

En d’autres termes, la campagne de Ségolène Royal elle-même, tout comme les critiques factuelles ou les aveuglements excessifs qui en sont dressés, ne sont-ils pas que la pure expression symptomatique de carences plus structurelles ? Si tel est le cas, la réponse n’est pas dans la précipitation à trancher la question d’un quelconque leadership mais à construire les solutions politiques d’une légitimité collective renouvelée vis à vis des français.

Devons-nous réduire notre ambition à n’offrir éternellement qu’un vote refuge de résistance plutôt qu’un vote d’adhésion ? Devons-nous se consoler d’élections intermédiaires réduisant notre formation à l’addition de légitimités locales ? Devons-nous se satisfaire des colmatages habituels confondant l’affichage d’un contenant au dépend d’une exigence de contenu ? Chemin faisant, d’Etats Généraux en Assises de la gauche, de rénovation scandée en rassemblements invoqués, la litanie des mots et des choses n’a pas eu raison de la nonchalance des esprits, de l’engourdissement des volontés.

Tout le monde s’accorde. La victoire de la droite est celle d’une revanche idéologique qui a puisé sa détermination dans la volonté de clore le cycle ouvert par François Mitterrand en 1981. Nicolas Sarkozy s’est présenté comme le candidat d’une alternance à travers un discours de refondation identitaire néoconservatrice patiemment construite.

Sa victoire n’est pas un accident et notre défaite n’est donc pas une coïncidence. Elle impose à la gauche une réponse structurelle à la hauteur du défi : affronter la fin d’un cycle ouvert dans les années 70 et engager la refondation de son socle, de ses méthodes, de son discours faute d’accréditer l’idée d’une « gauche devenue la plus bête du monde ». Notre devoir n’est plus seulement celui de l’inventaire. Il est celui du vide-grenier pour un réarmement nouveau, du renouvellement plutôt que du ravalement.

2002 ne fut pas qu’un événement. 2004 a offert la diversion illusoire du réconfort. 2007 résonne comme un achèvement malgré la dignité de notre présence au second tour.

Si la gauche et les socialistes sont collectivement responsables de n’avoir pas su renouveler leur offre politique, cette question va au delà de l’issue factice de nouvelles alliances ou des frontières du Parti. Elle exonèrerait trop, leurs délateurs comme leurs zélateurs, du devoir de s’interroger sur nous-mêmes.

Alors bien sûr, l’heure est à l’unité pour combattre et assurer le meilleur score aux législatives. Mais l’unité n’interdit pas la lucidité. Cette dernière en est la condition si l’on veut que ce prochain scrutin devienne aussi le point d’appui d’un combat plus efficace contre la droite et d’une alternative crédible pour un peuple dont nous avons entendu le message.

Reconnaissons-le, Ségolène Royal a ouvert le champ des possibles et bousculé le probable. Le changement dans la continuité s’éloigne désormais du souhaitable.
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