Contre le vide moral, restaurons la social-démocratie

Publié le par SD32

51NqcxKUNdL._SS500_.jpgPourquoi, alors que le moment libéral semble dépassé, avons-nous du mal à imaginer un autre monde ? Pourquoi les partis sociaux-démocrates ne parviennent pas à se faire entendre après les séismes financiers de 2008 ? Que faire pour que les nouvelles générations des deux rivages de l’Atlantique ne soient pas désespérées par le monde dont elles vont hériter ?

 

Voici quelques-unes des interrogations de Tony Judt, dans son dernier ouvrage Contre le vide moral. Restaurons la social-démocratie, publié l’année même de sa mort, en 2010. Ce grand historien et essayiste anglais, fin connaisseur de la France, de son histoire politique et intellectuelle, a notamment rédigé Le marxisme et la gauche française 1830-1981et Retour sur le XXème siècle, une histoire de la pensée contemporaine, composé de compte-rendus d’ouvrages publiés pour la plupart dans la New York Review 

of books. Mais son œuvre la plus marquante est peut-être Après guerre, une fresque brossant l’histoire complète de l’Europe depuis 1945, traitant à part égale l’Europe occidentale et l’Europe orientale, communiste jusqu’en 1989, montrant notamment que le Vieux continent n’a pas été seulement un enjeu de la Guerre Froide entre les deux Grands. Contre le vide moral est très différent. Tony Judt l’a écrit alors que la maladie qui allait l’emporter en août 2010 le frappait déjà.

 

Présenté comme un « manifeste », c’est un ouvrage politique, engagé sans être aveugle, un livre d’histoire et un apport substantiel aux débats de notre temps. Ramassé, ne dépassant pas 207 pages, il revient sur les controverses intellectuelles et politiques de la période 1945-2008 en s’appuyant sur de très nombreuses données recueillies aux Etats-Unis comme en Europe. Une inquiétude à propos de l’évolution des sociétés occidentales parcourt ce texte. « Nous sommes entrés dans une époque d’insécurité (…). L’insécurité nourrit la peur. Et la peur (…) ronge la confiance et l’interdépendance sur lesquelles reposent les sociétés civiles ». Aussi il est nécessaire de proposer des solutions politiques.

 

A plusieurs reprises, dans ses ouvrages, Tony Judt évoque « le monde que nous avons perdu », à propos de la période allant de 1945 aux années 1970. Sans idéaliser ce passé récent, il évoque le « consensus keynésien » qui a alors régné. Il rappelle que Keynes était d’instinct conservateur, se focalisait sur les problèmes de l’incertitude, de l’insécurité minant « la confiance et les institutions du libéralisme ». Face aux menaces des totalitarismes, aux risques d’une nouvelle dépression, le recours à l’Etat et la croyance en son efficacité sont alors largement partagés en Europe occidentale et au-delà. En France, en 1945, il n’y a qu’une petite formation de droite, le Parti républicain de la liberté (PRL), pour s’inquiéter ouvertement du rôle croissant de la puissance publique. Tony Judt rappelle qu’aux Etats-Unis, peu suspects de complaisance pour le socialisme, le républicain Eisenhower autorise la création d’un réseau fédéral d’autoroutes, que le démocrate Johnson est à l’origine de réformes sociales profondes.

 

Il estime que ce sont la social-démocratie et l’Etat-providence qui dans de nombreux pays ont lié les classes moyennes, dont les professions libérales et les commerçants, aux institutions libérales. Toutes les classes bénéficient alors des mêmes services publics et sociaux le plus souvent couverts par l’impôt et non par des contributions liées aux revenus. Alors qu’aujourd’hui on insiste sur les coûts de ces politiques, leur prétendue inefficacité économique, Tony Judt considère que la fiscalité progressive, la coopération et le rôle de la puissance publique ont eu pour conséquence « la sécurité, la prospérité, les services sociaux et une plus grande égalité ».

 

Lire la suite : http://docs.jean-jaures.net/NL474/Esprit_critique_Judt.pdf

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