Du FMI aux primaires socialistes, DSK, le passant sans souci

Publié le par SD32

Dominique & Anne 24112010Les spéculations sur une éventuelle candidature de DSK aux primaires du PS me rappellent un sketch de Guy Bedos. Un vieux sketch. Vous savez bien, de l'époque où il était encore rigolo…

C'est l'histoire d'un type qui repère une fille marchant en sens inverse dans la rue et qui, sur les deux ou trois minutes qu'ils mettent à se croiser, se raconte l'intégralité de l'histoire d'amour qu'ils auraient pu vivre ensemble.

Evidemment, j'imagine que le directeur général du Fonds monétaire international (FMI) est un poil plus au courant de ce qui se dit en France à son sujet que la dulcinée imaginaire de Bedos ne l'est de sa liaison express : il y a les journaux, le Web, Cambadélis…

Mais pas tellement plus, au final.

Pour autant, et quel que soit son niveau d'information sur les aventures pré-électorales de l'ectoplasme qui porte le même nom que lui dans nos sondages et nos dîners en ville, ses préoccupations quotidiennes sont probablement ailleurs.

Une crise financière mondiale, des dettes souveraines à restructurer, des milliards de brouzoufs à prêter, ce n'est pas comme Bordeaux ou le Ministère de la Défense, ça se gère à plein temps.

Mais qu'importe : le microcosme n'a pas plus besoin de son attention pour se créer des émotions que le personnage de Bedos de celle de sa fiancée péripatéticienne. Et si DSK n'a jamais exprimé quoi que ce soit de concret sur sa possible entrée en lice -son job le lui interdit formellement-, le sketch continue de se dérouler en dehors de lui.

Roi fainéant plutôt qu'hyperprésident

Dernier épisode en date : il serait terrorisé par une confrontation avec Nicolas Sarkozy ! Il aurait même pris conscience d'être le maillon faible du triangle qu'il forme avec Ségolène Royal et Martine Aubry ! Enfin, ça c'est Christian Jacob, l'apparatchik de l'UMP,  qui ressemble à Raymond Domenech, qui le dit même si ça pourrait devenir le « point de vue consensuel » du moment dans les médias.

D'accord, ça change de la vulgate précédente, selon laquelle DSK est en réalité en train de négocier son second mandat au FMI et cherche surtout à rester en bons termes avec tout le monde afin de bénéficier du soutien du prochain Président, quel qu'il soit.

Ça clashe aussi légèrement avec l'idée que tout le timing des primaires est suspendu au bon vouloir du grand absent, Aubry ayant elle même entériné, et sa venue, et sa victoire…

Bah, comme dans le sketch de Bedos, le piéton de Washington n'a pas vraiment besoin de dire ou de faire quelque chose pour influer sur les courbes des sondages et faire couler l'encre des journaux. On se dit d'ailleurs qu'il lui suffirait d'ouvrir la bouche, de cligner de l'œil ou de soupirer pour déclencher davantage de réactions en chaîne qu'un battement d'ailes de papillon japonais.

Mais ce serait contre-productif dans un pays où l'on préfère les présidents " rois fainéants" aux présidents multitâches.

Candidature virtuelle et vrai massacre

Dominique Strauss-Kahn est pourtant bien le plus qualifié et le plus désirable des dizaines de « wannabes » qui rêvent de se retrouver sur la ligne de départ :

  • il est de gauche, au sens où il est animé par un désir de justice sociale que la droite française ne possède pas ;
  • il est pragmatique, au sens où il accepte le réel que la gauche française a décidé d'ignorer ;
  • il est compétent, la preuve en ayant été faite sous Jospin ;
  • il sait -merci le stage au FMI-, qu'il existe un vaste monde qui n'est pas la France, où des idées s'expriment qui ne sont pas françaises sans être nécessairement stupides ;
  • il est capable de rassembler une majorité d'électeurs « hors-usinage », agacés par l'engourdissement idéologique du débat français et épuisés par l'expérience Sarkozy…

Las, il en va des atouts d'un candidat qui n'existe que dans la tête des commentateurs comme des appas des fiancées imaginaires : ils aident à passer le temps, mais ne font pas vraiment avancer le schmilblick.

Ce qui est ironique puisque rester virtuel jusqu'au bout n'empêchera pas DSK d'être massacré par ceux qui l'adorent aujourd'hui : dans le sketch, la fille a beau n'avoir rien remarqué, son « petit ami » ne se prive pas de l'insulter copieusement au moment de leur rupture virtuelle, lorsqu'elle parvient enfin à son niveau et le dépasse.

 

Source : Hugues Serraf pour RUE89

Publié dans Politique

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