Jean Christophe CAMBADELIS : la Troisième Gauche

Publié le par SD32

camba-troisieme-gauche.gifNous connaissions la première gauche, celle incarnée par François MITTERRAND, qui, depuis le congrès d’Epinay, en juin 2011, prônant la rupture avec le capitalisme, incarna durant de nombreuses années, cette gauche jacobine et étatiste. Mais  François MITTERRAND rencontra sur son chemin idéologique un certain Michel ROCARD, ce dernier lui opposant au fameux « archaïsme politique » la modernité d’une deuxième gauche, venue du PSU et de la CFDT, profondément décentralisatrice, un temps autogestionnaire et plus en lien avec la société civile.


L’affrontement politique entre ces deux gauches constituera l’axe fort du congrès de Metz en avril 1979. Il sera articulé autour de la rivalité entre François MITTERRAND et Michel ROCARD et préfigurera les enjeux politiques de l’élection présidentielle de 1981.


Le congrès de Rennes, en 1990, marquera l’acte de décès de cette première gauche quand les héritiers du mitterrandisme – Lionel JOSPIN et Laurent FABIUS - se déchirèrent. Et Lionel Jospin lui portera le coup de grâce en exerçant, en 1995, son "droit d'inventaire" sur les deux septennats de François MITTERRAND.


La deuxième gauche sombrera, à son tour, lorsque Michel ROCARD, alors Premier Secrétaire, fut chassé de la tête du Parti Socialiste, à la suite de son échec aux élections européennes, en juin 1994.


Les années passèrent… De 1997 à 2002, Lionel JOSPIN pratiqua ce qu'il appelait "le réalisme de gauche". Puis survint le 21 avril 2002 et l’élimination brutale du candidat socialiste au 1er tour de l’élection présidentielle : un séisme politique qui marquera, à jamais, la mémoire collective socialiste.


En juillet 2004, dans une note de la Fondation Jean-Jaurès, "Pour l'égalité réelle", Dominique Strauss-Kahn inventera le concept de "réformisme radical". "Fondé sur l'équilibre entre justice sociale et économie de marché" , ce réformisme, écrivait-il, "ne se réfugie pas dans la promesse d'un grand soir toujours remis à plus tard, d'une rupture illusoire avec le capitalisme ".


Le concept du réformisme est lancé et il trouvera une déclinaison politique en juin 2008, lorsque le Parti Socialiste adopta, à 94 %, une nouvelle déclaration de principes, rompant avec la vulgate révolutionnaire. "Le Parti socialiste, est-il proclamé, est un parti réformiste. Il entend exercer les responsabilités de gouvernement, à tous les niveaux, afin de changer la société. Il porte un projet de transformation sociale radicale." "Ce n'est pas une abdication, la réforme , expliquait alors François Hollande. Ce n'est pas être plus modérés que d'autres ! C'est réussir à changer la société."

Dans le projet 2012 du Parti Socialiste, intitulé "Le changement", on retrouvera cette démarche réformiste, même si le mot n'est pas prononcé : "Le système néolibéral est incapable de placer l'humain avant les biens, les fins avant les moyens. L'urgence est de changer de système. Ce qui nécessite d'agir à tous les étages de l'action publique, mondiale, européenne, nationale et locale. D'agir dans le temps, aussi."


La suite…nous la connaissons. Mais laissons à Jean Christophe CAMBADELIS, auteur de cet essai «  La Troisième Gauche » le soin de nous en présenter un certain éclairage.

«  Il ne s’agit pas de reconstruire le Parti Socialiste, nous avons tout gagné. Le PS domine le pays pour la première fois de son histoire et de l’histoire de la République. Il s’agit de reformuler idéologiquement le Socialisme pour qu’il soit à nouveau une doctrine, capable de transformer le monde et pas seulement de le gérer. J’avais, candidat au poste de premier secrétaire, cette ambition. Me jugeant encombrant, on a choisi une autre solution. Je n’en nourris aucune amertume. Je m’étais préparé à la victoire comme à la défaite, cela n’étant point pour moi une question personnelle mais un moyen d’inaugurer un nouveau cycle qui succède à celui d’Epinay de 1971. Nous n’avons pas évolué idéologiquement depuis lors. Je veux une nouvelle gauche à la hauteur des attentes de notre peuple. Je ne crois pas au succès durable d’une gauche «  pépère » contournant les embûches… »

Dans cet ouvrage mûrement réfléchi,  Jean Christophe CAMBADELIS, homme de conviction au service d’une ambition, met en garde contre cette aphasie tendancielle de la gauche qui ruinerait tous les espoirs mis en elle. «  La gauche , depuis la chute du communisme et la fin du mitterrandisme, fait bien de la gestion, moins bien de la politique ».


L’auteur souhaite redonner du sens au politique. Pour ce faire, Jean Christophe CAMBADELIS ambitionne de vouloir fixer à la gauche « un but, le Graal », celui de la « société décente » qu’il définit ainsi : «  la société décente, c’est l’émancipation par l’égalité, la quiétude dans la créativité…c’est [aussi ] l’égalité réelle, la liberté ordonnée, la fraternité laïque… c’est celle qui met l’humain devant le marché ».


A la veille du congrès de Toulouse, cet ouvrage revêt une importance certaine.


Jean Christophe CAMBADELIS met sa liberté de penser au service d’un enjeu capital : ne pas renouveler les désillusions ; occulter rapidement un certain pragmatisme affiché ; intégrer, pour mieux le combattre le « pouvoir invisible » de l’argent et entrer de plain-pied dans «  l’Age de l’Individu …qui constitue le principal défi de la société des égaux ».

 

Philippe PUGNET

 

Publié dans Parti Socialiste

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