Jean Christophe CAMBADELIS : le PS doit s'armer idéologiquement

Publié le par SD32

 

camba-05042009.jpgOn le connait particulièrement combattif. C’est  également un parfait connaisseur du fonctionnement du Parti Socialiste ainsi que de la vie politique française.

Premier Vice-Président du PSE, Député de Paris, ardent défenseur du non-cumul des mandats, Jean-Christophe Cambadélis, publie "la Troisième Gauche" aux Editions du Moment.

L’occasion pour lui de s’en expliquer sur « les terres de l’adversaire » , dans le site Atlantico.

                                                                                              Philippe PUGNET

 

 

 

Atlantico - Au lendemain du Congrès du PS, vous publiez « La troisième gauche » (Ed. du Moment). Cela signifie-t-il que la gauche actuelle est à bout de souffle ?


JC Cambadélis : Je suis pour ré-idéologiser le Parti socialiste. L’idée de la première gauche, à savoir la rupture avec le système capitaliste et celle de la deuxième gauche qui était à la fois la mobilisation de la société civile et la prise en compte de l’économie, ces deux idéologies se sont effondrées dans la crise de la mondialisation. Elles ne correspondent plus à l’époque que nous vivons ; il faut une Gauche qui soit celle de la mondialisation, capable de répondre aux problèmes contemporains et non aux problèmes d’hier, où le monde était partagé entre deux blocs, où les Etats maîtrisaient leur économie, où le monde occidental dominait la planète. La bataille à mener c’est celle du sens ; le combat pour la réduction des déficits est fait, et bien fait ; on peut discuter des questions économiques, de la compétitivité, mais le socialisme ne se réduit pas à cela. Ce qui est en jeu, c’est « Qu’est-ce que le socialisme ? Pourquoi a-t-on un engagement dans ce parti ? » Pas parce qu’il une bonne gestion, mais parce qu’il offre une perspective. Et pour cela je propose la « société de décence » c’est à dire la liberté ordonnée très utile dans une période où on peut tout à la fois être sécuritaire et proposer la dépénalisation des drogues, « l’égalité réelle » quand on voit où se constituent les inégalités dans notre société ou « la fraternité laïque » quand on voit le débat de plus en plus prégnant sur le rapport entre notre société et les religions.

Ce sont des concepts assez vagues...

Ce sont des concepts : ils permettent d’avoir une colonne vertébrale pour aborder des situations concrètes et non pas d’être la résultante des interpellations. Le Socialisme , ce n’est pas la bouchon qui flotte dans la vague ; le socialisme moderne, cette 3e Gauche que j’appelle de mes vœux doit voir transformer le monde avec un certain nombre de principes ; je suis pour le retour aux principes politiques.


A Toulouse vous avez évoqué « une situation épouvantable ». Peut-on parler de Congrès réussi ?

J’ai évoqué une situation « épouvantable » parce qu’elle combine des difficultés économiques - peut-être sous estimées au départ - des difficultés politiques et une impatience sociale. Il fallait une contre-offensive, et celle-ci a été lancée : les Socialistes ont fait bloc contre la Droite, derrière le Premier Ministre, et c’est bienvenu . Maintenant, puisque nous nous sommes mis en tortue, il va falloir avancer, et non pas rester sur nos lauriers.


Mais justement, de ce Congrès, on n’a retenu que les attaques (très dures) contre la Droite.

Je reconnais que dans ce Congrès il y avait une dimension « meeting » contre la Droite, contre ceux qui nous attaquaient, mais nous étions un peu le dos au mur. Nous avons contre-attaqué, c’est une très bonne chose. Mais cela ne suffit pas : maintenant il faut étayer, c’est-à-dire être capable de proposer. Jean-Marc Ayrault a commencé à le faire avec notre « nouveau Modèle », en définissant ce qu’il pourrait être tant du point de vue des relations sociales, que de la place de l’Etat qui doit impulser et non pas se substituer, du point de vue de la dimension écologique, de l’équilibre entre la Justice et la compétitivité. Ce sont des chapitres qui sont ouverts, ils ne sont pas encore écrits ; il ne tient qu’à nous qu’ils le soient. On ne peut pas mobiliser les Français uniquement sur les déficits publics, on ne peut pas être le Parti de l’austérité ; ce n’est pas possible, car ce n’est pas juste. Ce n’est pas ce que nous voulons faire et c’est électoralement dangereux.

camba troisième gaucheVotre livre est-il un manuel pour progresser ?

Tout à fait, c’est un manuel pour changer ; je tranche les questions. Souvent les socialistes manient le « ni-ni, » le « et- et », ou le « ou, ou » mais à la fin, on ne sait pas ce qu’ils pensent vraiment. Alors, à travers ce livre, j’essaie de définir les enjeux, mais aussi une méthode et des réponses. Le rôle du PS ce n’est pas de rendre la France dans la sortie de crise comme elle était avant la crise : c’est de la transformer la France afin qu’elle soit capable d’être plus compétitive, évidemment, mais aussi plus juste et plus fiable dans le monde tel qu’il est aujourd’hui.

Les socialistes, quand ils sont au pouvoir, ne sont-ils pas contraints au compromis ?

Plutôt que d’avoir d’un côté le rêve, et de l’autre, la réalité, on pourrait concevoir que notre but , c’est de concilier les deux, c'est-à-dire rêver d’une société juste, mais l’incarner dans la réalité et indiquer que ce que nous faisons n’est pas la réponse au coup par coup mais procède d’une volonté de construire une société nouvelle et une France Nouvelle. Le Général de Gaulle était un homme de Droite qui avait une certaine idée de la France, les Socialistes doivent avoir une certaine idée de la République, sinon ils sont la résultante des pressions du Marché et de la gauche politique et syndicale. Ils n’ont pas de théorie propre, ils sont donc brinquebalés. Moi, je souhaite, que, ayant une certaine idée de la République, de la société juste, ce que j’appelle la « société décente », ils la défendent, tant sur le plan politique, sur le plan idéologique que sur le plan pratique.


Comment appréhendez-vous le débat sur la compétitivité ?

Il faut fixer une perspective. La perspective d’une économie compétitive, c’est une économie transformée, car on ne ressuscitera pas les fleurons de l’industrie, de la sidérurgie, des chantiers navals, j’allais dire des mines qui ont fait le succès de la France au siècle dernier ; aujourd’hui il faut transformer en profondeur notre économie. Les patrons qui nous interpellent nous disent : « Donnez-nous les moyens de continuer la vieille industrie d’hier. » Non, aujourd’hui il faut assainir nos finances publiques, investir dans la recherche et construire de nouvelles industries qui correspondent à notre époque ; il y a dans les revendications de certains patrons, beaucoup de conservatisme. Le capitalisme français est un capitalisme qui a du mal à se tourner vers l’innovation ; c’est souvent un capitalisme administratif qui dépend des commandes de l’Etat. Aujourd’hui on se tourne vers le Président de la République sur un ton qui pose quand même quelques problèmes, pour qu’il fasse, lui, l’effort. Il devrait y avoir une grande remise en cause du capitalisme Français, de son conservatisme, des raisons pour lesquelles on en est arrivé là ; tout ne vient pas de l’Etat !


Pendant la discussion budgétaire, ce sont les patrons innovants qui se sont révoltés parce qu’ils se sentent matraqués et freinés dans leur entreprise !

Ça, c’est la plus grande erreur, des mois écoulés ; c’était contre-productif. De surcroît la philosophie de ce gouvernement c’est de taxer la rente et non l’innovation ! Dans « la Troisième Gauche », je propose l’alliance des productifs et des progressistes, c'est-à-dire précisément avec ceux qui construisent, innovent, s’adaptent, qui sont dans l’industrie, créent des emplois et se battent pour avoir des débouchés et des marchés ; certes il reste des tensions sociales, personne ne peut le nier, mais nous avons une possibilité de travailler ensemble pour redresser la France et avancer vers une société décente. Dès que les « Pigeons  » se sont mobilisés le tir a certes été rectifié, mais on a envoyé un signe négatif .

Dans votre livre vous affirmez que l’alliance entre la Droite et le Front National est inéluctable. Pourquoi êtes-vous si affirmatif ?

Je pronostique que cette alliance se fera à l’occasion des prochaines régionales ; on ne peut pas tenir sur la proximité des mots et la délimitation électorale. Un moment donné les mots ont un sens et le sens débouche vers l’alliance, ce qui sera redoutable pour la République et aussi pour le Parti Socialiste. Pourquoi les régionales ? Parce que c’est une élection proportionnelle (aux municipales, le mode de scrutin ne se prête pas à la percée du Front National et les sortants sont plutôt bien implantés), mais aux régionales, il y aura un succès de Marine Le Pen. Et je ne vois pas, vu les thèmes agités par Copé et par Fillon, comment, avec les mots prononcés, ils pourront renoncer quand des responsables seront confrontés à la situation suivante : « Soit on s’allie avec le FN et on gagne les régions, soit ce sont les Socialistes qui gagnent ». La logique de la stratégie du « ni-ni » c’est- à dire ni Front National, ni PS au deuxième tour, c’est l’alliance puisque, si vous mettez sur le même plan le Front National, qui n’est pas un Parti républicain et un Parti Républicain, c’est la même détestation ; vous pouvez donc à tout moment vous allier soit avec l’un, soit avec l’autre. Tout cela prépare les conditions d’une alliance politique.


Vous étiez candidat au poste de Premier Secrétaire. C’est Harlem Désir qui a été choisi . En concevez-vous de l’amertume ? Quelles fonctions occuperez-vous au PS ?

Je n’ai aucune amertume. Je m’occupe des questions internationales, surtout européennes en ma qualité de vice-président du PSE (Parti Socialiste Européen) et je vais préparer les prochaines élections européennes. Je constate qu’il y a une demande de sens chez tous les partis socio-démocrates. Pour ma part, je ne plaide pas pour les Etats-Unis d’Europe mais pour les Etats d’Europe unis : pour pouvoir exister dans la mondialisation, il faut mutualiser un certain nombre de fonctions : l’économie, évidemment, l’éducation, assurément, et l’écologie, parce que les nuages et la pollution n’ont pas de frontières. L’Europe devrait se centrer beaucoup plus sur ces questions plutôt que de donner l’impression d’être un Etat fédéral sans les conditions de son application, moyennant quoi on déçoit à tous les niveaux, ceux qui sont pour le fédéralisme européen, et ceux qui sont pour le maintien de l’Etat-Nation. Je définis un chemin pour la relance européenne qui soit plutôt euro-réaliste.

Publié dans Parti Socialiste

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