Prenons le temps de refonder
Depuis dimanche soir nous connaissons désormais le visage de notre nouvelle assemblée nationale : malgré notre défaite victorieuse et les très beaux succès de nos camarades dans de nombreuses circonscriptions, telles celles du Gers, de la Haute-Garonne et des Hautes-Pyrénées, pour ne parler que de chez nous, l’UMP reste majoritaire dans l’hémicycle et concentre tous les pouvoirs politiques dans le pays.Mais si la droite a gagné, cette victoire a, pour elle, un goût amer car ce n’est pas celle qu’elle espérait. Si la gauche a, une nouvelle fois perdu, cet échec est loin d’être celui que prédisaient les sondages.
Beaucoup a été dit sur ce sursaut de la gauche dans ce deuxième tour : pour ma part, je considère qu’on le doit d’abord à une campagne de terrain, à l’image de celle faîte, chez nous, notamment, par Gisèle Biémouret et Philippe Martin , au plus près des préoccupations de nos concitoyens.
Ces derniers avaient des désirs de gauche et nos candidat(e)s leur ont apportés des réponses de gauche.
Mais ce sursaut, nous le devons aussi à deux de ces " éléphants révolus " montrés du doigt par des "jeunes lions" impatients - selon l’expression d’Arnaud Montebourg - qui aspirent à prendre leur place. Laurent Fabius et Dominique Strauss-Kahn , puisque c’est d’eux dont il s’agit, ont su, en effet, chacun de leur côté, mais en parfaite complémentarité, en plein psychodrame Royal-Hollande, dénoncer et démanteler le projet Borloo-Fillon sur la TVA sociale. Quel flair politique chez Laurent Fabius d’amener Borloo à parler de ce projet caché ! Quelle clairvoyance politique chez Dominique Strauss-Kahn qui démontra, à longueur de médias, que la TVA sociale était en fait une « TVA patronale ». La remobilisation à gauche, l’abstention à droite ont fait le reste.
Pour autant, nous ne pouvons pas oublier que la gauche dans son ensemble, le PS en particulier a perdu toutes les élections présidentielles et législatives depuis 1995, exceptée la parenthèse de 1999. Ces échecs successifs nous imposent désormais de repenser notre projet politique afin qu’il réponde mieux aux attentes de nos concitoyens ; de reconsidérer le fonctionnement de notre parti afin qu’il ne soit plus cette chambre d’enregistrement de candidatures mais devienne un lieu de débats , d’échanges et d’écoute ; de préparer l’avenir en posant clairement le moment venu, le problème du leadership.
S’engager sur la voie de cette refondation exige que nous soyons collectivement responsables et que nous ayons la même conception du temps. Rien ne doit être fait dans la précipitation : c’est un lent processus de réflexion et de débats qui doit être mené et toute tentative visant à en appeler, pour certains, au référendum militant contre la légitimité du Conseil national ou toute autre structure décisionnelle du parti est inacceptable.
Ces principes étant posés, considérons maintenant que ces échecs successifs sanctionnent directement notre refus de rénover notre doctrine . Nous n’avons pas su poser le bon diagnostic pour mieux intégrer les mutations en cours de notre société et apporter non pas des réponses, mais des solutions aux problèmes économiques, sociaux et culturels de nos concitoyens.
En effet, les défauts d’origine d’un système , celui de l’Etat social , selon l’ expression de Laurent Baumel, qui, " dans notre pays, a structurellement privilégié la protection sur la redistribution et la redistribution sur l’égalité des chances " font que la gauche n’a pas su reformuler des objectifs et " des instruments de protection, de redistribution sociale ou de lutte contre les discriminations " dans une société de plus en plus individualiste, dans le cadre d’une mondialisation de plus en plus pernicieuse.
Toutefois, une démarche a été initiée : sur la crise de l'Etat-providence, le rôle régulateur de la puissance publique, la protection sociale, le travail, les relations avec les syndicats et la démocratie sociale, la laïcité et les institutions, l'Europe et la mondialisation, Dominique Strauss-Kahn, dans ses récentes propositions sur la refondation de la gauche, nous montre le chemin à suivre.
Mais refonder c’est aussi savoir regarder en face nos responsabilités et c’est arrêter ce cynisme qui veut que l’on dénonce aujourd’hui ce que l’on soutenait hier.
Ségolène Royal était la candidate de tous les socialistes, avant de devenir celle de la gauche. Les 47% qu’elle a obtenus au second tour de l’élection présidentielle étaient l’expression de la confiance que nous mettions en elle et du changement que nous espérions.
Comme d’autres, je n’accepte pas qu’elle qualifie aujourd’hui " le Smic à 1.500 euros brut dans cinq ans, qui est une idée phare de Laurent Fabius, ou la généralisation des 35 heures " comme étant " deux idées qui étaient dans le projet des socialistes, que j'ai dû reprendre dans mon pacte présidentiel et qui n'ont pas du tout été crédibles" .
Au delà du trouble que suscitent de tels propos, n’est-il pas nécessaire de rappeler que les mots ont un sens : ils éclairent une démarche politique et sont porteurs d’un projet de société. Ils conditionnent une adhésion ou un rejet mais dès lors qu’ils ont été adoptés, ils valorisent un engagement et suscitent l’espoir pour le plus grand nombre.
Notre travail collectif est désormais important. Donnons-nous les moyens de le mener à bien. N’oublions pas de le conduire dans le cadre de la réhabilitation de nos valeurs qui doivent être au coeur des débats de notre démocratie.
Arrêtons de penser que pour gagner les élections il importe avant tout de flatter les instincts qui sont dans l’air du temps, voir même d’aller sur le terrain de l’adversaire. C’est en assumant nos valeurs, en défendant nos idées, en nous efforçant de convaincre de leur bien-fondé, que nous pourrons à nouveau rassembler et gagner.
Philippe PUGNET
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