Appel au calme

Publié le par SD32

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Comme toujours après les défaites, à la veille de notre traditionnel Conseil national qui leur succède, le Parti socialiste s’agite. Ce fut le cas en 1993, lorsque le Premier secrétaire d’alors, Laurent Fabius, fut renversé par une alliance entre les « rocardiens » et les « jospinistes », dont j’étais. Ce fut à nouveau le cas en 1995, puisque Lionel Jospin, après sa belle candidature à la Présidentielle, remplace Henri Emmanuelli, quittant volontairement sa fonction. Et cela se produisit encore en 2002, avec l’arrivée – le retour – de Laurent Fabius en tant que numéro deux du PS et la création, par Arnaud Montebourg et Vincent Peillon, du Nouveau Parti socialiste. Quelles leçons tirer de ces expériences ?

La première est évidente : nous avons connu, en 15 ans, trop de défaites. 3 présidentielles sur 3, 3 législatives sur 4, ça fait beaucoup… En 2012, la droite aura gouverné 15 ans sur les 20 années précédentes, la gauche n’aura exercé le pouvoir que 5 ans, et en cohabitation. C’est dire à quel point le retour du PS et ses alliés aux affaires en 2012 est impératif, sans quoi nous nous trouverions – nous n’en sommes déjà pas si loin – du Labour dans les années Thatcher. Pour cela, la priorité est bien de reconnaître la défaite – la nier ou se contenter du « lâche soulagement » d’un deuxième tour des législatives à vrai dire inespéré est absurde –, de l’analyser et en tirer des enseignements. Commencer par les problèmes de personnes ne serait pas une erreur, mais une faute.

Deuxième leçon : toutes les sorties de crise ne se valent pas. J’ai été un des acteurs du « putsch » de 1993, de la prise de pouvoir de Michel Rocard, des « États généraux » de Lyon, où déjà Manuel Valls prêchait la rénovation. Eh bien, le bilan de cette expérience n’est pas probant : le parti s’est alors déchiré, le Premier secrétaire élu a été sans arrêt entouré d’une sourde hostilité, puis torpillé par les « mitterrandistes » encourageant Bernard Tapie à former une liste assassine aux élections européennes de 1994. 2002 ne me paraît pas non plus très convaincant : la direction sortante s’est maintenue par quelques artifices, elle n’a lancé aucun travail de deuil, ou d’inventaire, approfondi, elle a été défiée par des rénovateurs talentueux, dont le seul tort est d’avoir chevauché à des fins tactiques des idées peu européennes, qui n’étaient pas les leurs et ont affaibli leur crédibilité. Pendant cinq ans, nous n’avons pas, ou trop peu, pensé, et nous en payons encore le prix. La précipitation et l’immobilisme ont donc montré leur nocivité : souvenons nous en. Reste la troisième voie, la voie Jospin. Ce fut celle d’une transition en douceur – départ volontaire d’Henri Emmanuelli, avec beaucoup d’élégance, constitution d’une nouvelle équipe – j’en étais avec François Hollande – mise au travail du parti, élaboration de la gauche plurielle sous l’égide de Jean-Christophe Cambadélis. Bien sûr, tout ne fut pas parfait : la révision idéologique demeura insuffisante, nos ambiguïtés ne furent pas levées. Mais en 1997 nous étions prêts à battre la droite et à gouverner, plutôt bien d’ailleurs, de nouveaux talents – Vincent Peillon, Arnaud Montebourg, Marisol Touraine, Gaëtan Gorce, Christian Paul, tous députés il y a dix ans déjà – avaient émergé, bref un renouveau était engagé.

C’est cette voie – un peu différente aujourd’hui – que je suggère, y compris à nos « rénovateurs », qui d’ailleurs étaient déjà là il y a dix ou quinze ans. La priorité n’est pas le combat pour le pouvoir au sein du Parti. Celui-ci est légitime, il sera âpre, mais qu’il vienne en son temps, après que le Parti ait retrouvé un peu de solidité, de cohérence et de fraternité. Lançons plutôt sur un an – pas plus – un processus de réflexion, avec des ateliers, des conventions, confiés à des responsables politiques qui ne sont pas forcément membres de la direction du Parti, ouverts aux intellectuels, aux partenaires sociaux, à la société civile. Avançons sans tabou, sans timidité, mais sans la seule arrière-pensée de la lutte pour la direction du Parti ou de la prochaine présidentielle. C’est notre responsabilité : n’oublions pas que le seul objectif qui vaille est l’alternance en 2012. C’est cette voie qui, je l’espère du moins, sera proposée demain par François Hollande et qui doit s’imposer.

Mais je ne serais pas sincère, ni du coup convaincant, si je ne disais pas à ce sujet un mot de Ségolène Royal. Foin des procès stupides. Je ne l’ai pas soutenue dans la désignation socialiste, je sais pourquoi et je n’ai pas changé d’avis. Mais j’ai fait pour elle, parce que c’était notre candidate, une campagne effrénée, sans état d’âme, je l’ai défendue partout, dans les médias, dans mes déplacements, sur mon blog. C’était mon devoir, il ne m’a pas coûté, même si j’aurais préféré que le PS fût davantage associé à cette étrange campagne. Ségolène a sa liberté, sa personnalité, ça fait sa force même si c’est parfois déconcertant. Mais maintenant, je ne comprends plus, je ne suis pas. Ses déclarations sur les 35 heures ou le SMIC à 1500 euros m’ont, comme beaucoup, dérouté – c’est un euphémisme. Non pas tant sur le fond – ces sujets ne sont pas, eux non plus, tabous - que sur la cohérence. Comment bien faire campagne sur des propositions – pas mineures, on en conviendra – auxquelles on ne croit pas ? Et comment aurions-nous fait si nous l’avions emporté ? Aurions-nous aussitôt enterré cette partie du « pacte présidentiel » ? L’aurions-nous au contraire appliquée, alors que la candidate elle-même la jugeait peu « crédible » ?

C’est pour moi l’exact contraire de ce que doit être la politique, un exercice de vérité. Je l’ai dit ce matin sur RTL, pendant que sur France 2 elle annonçait sa probable candidature à la primaire de… 2012 ! Comme si c’était la priorité, comme si tout devait tourner autour de la figure du chef, comme si ce pauvre PS, qui a certes besoin d’être bousculé dans ses habitudes, devait être déstabilisé par une campagne présidentielle permanente. Tout cela me met en colère. Ségolène Royal a été candidate à la présidentielle, elle a obtenu 47% des voix au second tour, elle peut penser à l’avenir, y compris au sien. Mais sa responsabilité, comme celle des autres prétendants, est de construire une cohérence, de mener un travail de fond, pas d’avancer par à coups déroutants, qui l’affaiblissent et nous affaiblissent avec elle. Bref, on l’aura compris, j’en appelle au calme, pas à la tranquillité ou à l’endormissement, mais à une détermination sereine. Pour ma part, c’est ce que j’éprouve et que je m’efforcerai de transmettre.

Pierre MOSCOVICI

 

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