Candidat au FMI, Dominique Strauss-Kahn fait son tour du monde
Soixante mille kilomètres en un mois. Dominique Strauss-Kahn parcourt le monde pour convaincre les pays émergents du bien-fondé de sa candidature à la tête du Fonds monétaire international (FMI).Cette institution internationale chargée de fournir des crédits aux pays en difficultés financières s'est fixée jusqu'au 31 août pour recueillir les candidatures à la succession de l'Espagnol Rodrigo Rato qui quittera ses fonctions fin octobre, avant le terme de son mandat - prévu en 2009 -, pour des raisons personnelles.
Seul candidat déclaré, l'ancien ministre français de l'économie et des finances a débuté, samedi 28 juillet, cette tournée de séduction, accompagné d'un fonctionnaire de Bercy. Cette campagne est entièrement financée par la France, hormis les services, qu'il a lui-même pris en charge, d'une agence américaine de communication spécialisée dans les contacts de haut niveau.
Après l'Afrique du Sud, et le Mozambique, où se tenait une réunion des ministres des finances et des gouverneurs des banques centrales d'Afrique, Dominique Strauss-Kahn devait se rendre au Brésil, mercredi 1er août, pour y rencontrer le président Lula. Il ira ensuite en Arabie saoudite, en Egypte, en Chine, en Corée du Sud, au Japon, en Inde, au Mexique et en Argentine. S'ajouteront peut-être encore à ce tour du monde, la Russie et le Chili. Tous ces pays ont été choisis - à quelques exceptions - pour leur caractère "émergent" et non en fonction de leur poids respectif dans le vote final.
Parmi eux, bon nombre souhaiteraient réformer le système qui réserve, selon une règle non écrite, la direction du FMI à un Européen et celle de la Banque mondiale à un Américain. A charge pour "DSK" de les convaincre de sa légitimité, lors d'entretiens bilatéraux avec les dirigeants des pays visités. Des discussions "à bâtons rompus, en anglais sans traducteur, et qui se révèlent finalement bien plus longues que ce qui est inscrit dans le planning", rapporte un proche de Dominique Strauss-Kahn.
Lors des entretiens, "cordiaux et chaleureux", "pas une seule question de politique nationale, sur l'ouverture ou sur le Parti socialiste, ne lui a été posée", poursuit-il.
185 PAYS MEMBRES
Le profil de "DSK", qui dit vouloir être choisi sur "ses mérites propres", a déjà convaincu plusieurs pays d'Afrique. Le Sénégal, le Mali, et l'Afrique du Sud lui ont officiellement donné leur soutien saluant "les compétences" du "candidat de la France" et espérant qu'il améliorera "le système de gouvernance du FMI, en le rendant plus représentatif des pays en développement". Certains comme le Mozambique, le Congo et le Botswana regrettaient néanmoins qu'il n'y ait pas "des Africains au plus haut niveau du FMI".
Il reste à "DSK" à convaincre des pays comme le Brésil, l'Inde et Singapour dont les droits de vote ("quotes-parts") n'ont pas été augmentés, comme l'ont été ceux de la Chine, du Mexique, de la Corée du Sud et de la Turquie en septembre 2006. "Le monde a changé. Des pays comme le Brésil, l'Inde ou l'Afrique du Sud ont besoin d'une considération supérieure", affirme M. Strauss-Kahn.
Soutenu par les 27 pays de l'Union européenne, "DSK" a aussi reçu le soutien du secrétaire américain au Trésor, Henry Paulson, qu'il a rencontré à Washington le 26 juillet. Deux jours plus tôt, il avait déjeuné avec les 24 administrateurs du FMI, qui représentent les 185 pays membres. "Ce sont eux qui votent et avec qui il faut ensuite vivre au quotidien", souligne un administrateur européen au FMI.
Selon lui, "DSK" s'est montré "en situation d'écoute plus que de présentation d'un programme précis et il leur est apparu plus conscient et prompt à faire évoluer l'aide aux pays pauvres, et plus déterminé à faire évoluer positivement l'image du FMI que son prédécesseur".
Ces 24 administrateurs éliront le directeur général, probablement en septembre. Si avant le 31 août, un autre candidat se déclare - ce qui n'est pas aujourd'hui le scénario le plus probable - le processus se déroulera comme pour l'élection de M. Rato. Après audition des candidats, un premier vote avait été fait "à blanc". Le perdant s'était alors retiré, de manière à ce que l'élection officielle soit faite à l'unanimité.
Source Le Monde / AFP