C’est la rénovation elle-même qu’il faut refonder !
Je ne résiste pas à l'envie de publier sur ce blog ce billet de mon ami Joël CARREIRAS, Conseiller régional Midi-Pyrénées et membre du conseil national du PS. Bonne lecture.
Engager la rénovation, tel est l’agenda socialiste dont les festivals off de l’été ont donné la tendance. Du réarmement exigeant au renouvellement menaçant, les belles résolutions de rentrée ont fait la part belle aux prétentions évocatrices, scoop générationnels et autres images animalières.
Cependant, il arrive un moment où les mots, ne disant plus les choses, sombrent dans le dérisoire. Les bonnes intentions s’en trouvent galvaudées. Et ce ne sont pas les balbutiements de jeunes pousses qui contrediraient ce constat, impatients qu’ils sont à devenir en réalité de futurs anciens.
Reconnaissons-le. Chemin faisant, de renouvellements scandés en refondations invoquées, la litanie des bonnes résolutions socialistes n’a pas souvent eu raison de la paresse collective. A tel point que la bibliothèque du militant pourrait archiver désormais un nouvel opuscule décrivant « les histoires de la rénovation ». Un tel ouvrage aboutirait sans doute à une implacable conclusion circulaire : c’est la rénovation elle-même qu’il convient de refonder.
Si la gauche et les socialistes sont collectivement responsables de n’avoir pas su renouveler leur offre politique, ce n’est pas par manque d’idées ou d’expertises, fussent-elle citoyennes. L’erreur est beaucoup plus archaïque. Depuis de nombreuses années, nous avons réduit la nature de l’enjeu démocratique au simple reportage de la demande plutôt qu’à la rigueur de l’offre et l’épaisseur du sens. La campagne de Ségolène Royal en fut le symptôme dès lors que la gestion du PS en avait créé les conditions.
Cette faute politique ne saurait être expiée par cette précipitation cosmétique à vouloir changer le nom de son parti, à trancher la question d’un quelconque leadership, à encourager des expéditions punitives pour mieux se sauver soi-même. Cette candide propension à faire oublier les louanges d’hier en brûlant désormais ce que l’on a adulé n’est vraiment pas la meilleure preuve concrète de la sincérité rénovatrice et d’une pratique renouvelée.
Comme l’a indiqué F. Hollande, « les inquisiteurs de l’après furent souvent les flatteurs de la veille ». Encore faut-il toutefois, pour tous nouveaux candidats de l’après - qui se découvrent aujourd’hui – qu’un autre courage s’imposa la veille.
Le bilan de la présidentielle n’est pas simplement le bilan de la candidate. Il est aussi le leur. Il est aussi le bilan des conditions politiques de cette campagne si particulière. Une campagne rendue possible par le non choix de nombreux responsables, drapés dans le coupable silence de celui qui pense mais qui ne peut dire, et l’insupportable cynisme de beaucoup d’autres, courtisans de la première heure, qui n’en pensaient pas moins et n’en disaient pas davantage.
En réalité, les critiques factuelles qui sont dressées de la campagne de S. Royal comme les aveuglements excessifs qui l’entourèrent sont aujourd’hui, dans leur globalité, l’expression symptomatique d’une crise de la pensée collective et de l’agir ensemble.
Depuis La Rochelle, l’espoir d’un retour à la raison collective semble poindre. Les uns et les autres veulent prendre le sentier de la réforme exigeante et responsable sur tous les grands chantiers de notre société.
Que le PS soit un parti réformiste semble aujourd’hui revendiqué par tous. C’est en soi un progrès. Mais que chacun assume le risque d’assumer ce réformisme est une autre affaire. Affirmer, comme nous l’avons entendu à propos de DSK, « qu’il y a meilleur lieu que le FMI pour l’épanouissement d’un socialiste » est une belle illustration de cette carence. Préférons le courage de Jaurès et rester fier de ceux qui relèvent le défi d’agir.
Joël Carreiras
Conseiller régional Midi-Pyrénées
Membre du conseil national du Ps