Dominique Strauss-Kahn : "Le FMI ne peut plus se contenter d'être un gendarme"
Qu'est-ce que la politique, pour moi ? Défendre les convictions auxquelles on croit et les mettre en application lorsqu'on le peut. Cela fait des années que je dis qu'il est nécessaire et possible de réguler la mondialisation pour en réduire les aspects négatifs. Là, j'ai l'occasion de ne pas seulement le dire, mais de pouvoir le faire, bref, de mettre la main à la pâte.
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Les modalités de votre élection ont été contestées par les Russes et des Latino-Américains. Ont-ils raison ?
Mon élection n'a pas été si contestée que cela, si l'on s'en tient aux résultats ! Mais, c'est vrai, les modalités de l'élection l'ont été et, peut-être vais-je vous surprendre, je considère que c'est normal.
L'accord tacite entre les Américains, qui se réservent la direction de la Banque mondiale, et les Européens, qui placent un des leurs à la tête du FMI, n'a plus de raison d'être. Un ressortissant de n'importe lequel des 185 Etats membres doit pouvoir diriger le Fonds, dès lors qu'il en a les compétences.
J'aurais pu passer l'été en vacances et espérer être désigné simplement parce que j'étais européen. J'ai voulu rassembler et convaincre autour d'un projet de réforme.
Pourquoi le FMI est-il en crise ?
Après la seconde guerre mondiale, le FMI a été créé pour favoriser la croissance et le développement du commerce grâce à la stabilité financière. Les souvenirs de la crise des années 1930 étaient encore vifs.
Cette mission n'a rien perdu de sa raison d'être, mais elle ne pourra être accomplie que si le FMI s'adapte aux réalités du monde. Il ne peut plus se contenter d'être un "gendarme" qui prête de l'argent en contrepartie de règles très dures pour les pays en difficulté.
Le Fonds est confronté à un monde plus complexe, comme le prouve la crise des crédits hypothécaires à risques partie des Etats-Unis. Comment maîtriser, en effet, un système qui interconnecte les marchés et diffuse les crises à grande vitesse ?
Deuxième exemple : les rapports de force géopolitiques ont changé. Les pays émergents – la Chine, l'Inde, le Brésil, l'Afrique du Sud ou le Mexique – veulent peser davantage. Ils ont raison !
Troisième exemple : ces pays et d'autres ne veulent plus que la stabilité financière soit acquise au détriment des équilibres sociaux. Ils ont encore raison! Dernier exemple, les ressources du FMI.
Depuis cinq ans, il n'y a pas eu une seule crise de change – et le FMI n'y est pas pour rien. Ce faisant, le Fonds voit tarir ses ressources, puisqu'il vit des intérêts des prêts qu'il consent aux pays en crise.
Faut-il vendre une partie des 3217 tonnes d'or du FMI et placer le produit de cette vente pour avoir des recettes ?
La plupart des banquiers centraux que j'ai consultés n'y sont pas hostiles. Mais cette réforme suppose un large consensus.
Quelles seront vos priorités ?
Le FMI doit avoir une vision plus vaste de sa mission, mais il faut aussi renforcer sa légitimité. La représentation de chaque pays au sein du FMI doit refléter les évolutions récentes de l'économie mondiale. C'est ce que l'on appelle la question des quotes-parts, que mon prédécesseur Rodrigo Rato a déjà bien traitée.
Avancer vers une solution acceptable par tous constitue une de mes priorités. Une telle réforme est difficile, évidemment nécessaire, mais évidemment insuffisante. C'est pourquoi j'ai lancé l'idée qu'une double majorité soit requise pour les questions cruciales : on pourrait prendre en compte à la fois le nombre de membres du conseil d'administration et le poids de chacun de ces membres.
Parmi les dons que Keynes entendait placer dans le berceau du Fonds, figurait un "manteau multicolore pour rappeler que le Fonds appartient au monde entier".
Oui, tout le monde doit s'y sentir chez lui et cela doit se voir dans la composition de son personnel où l'Afrique, l'Asie et l'Amérique latine ne sont pas assez représentées. Pour trouver les remèdes appropriés, il faut connaître l'histoire et la culture d'un pays. L'apport d'hommes et de femmes venus de tous les horizons géographiques est donc essentiel.
Etes-vous d'accord avec ceux qui disent : "Au FMI les prêts aux pays émergents et à la Banque mondiale les dons aux pays pauvres" ?
Ce n'est pas ma vision des choses. Les déséquilibres macro-économiques génèrent des problèmes sociaux – et vice-versa– aussi bien dans les pays à revenus intermédiaires que dans les économies les plus défavorisées.
On ne peut développer un pays sans prendre en compte le court et le long terme, sa démographie et son agriculture autant que son cadre budgétaire et sa balance des paiements.
Il faut en finir avec l'image d'une Banque mondiale "bonne maman" et d'un FMI maniant le "gros bâton" ! Avec Robert Zoellick, le nouveau président de la Banque, nous avons décidé de travailler de concert.
Nous pourrions travailler aussi avec d'autres institutions comme le Programme des Nations unies pour le développement [PNUD] et l'Organisation mondiale du commerce [OMC]. Chacun doit remplir sa propre mission mais, quand les problèmes sont globaux, les solutions doivent être globales.
Le nombre de ses Etats membres est passé de 44 à 185. Son siège est situé à Washington, à quelques centaines de mètres de la Maison-Blanche. Ses 2 700 salariés sont présents dans 165 pays.
Afin de promouvoir l'expansion harmonieuse du commerce, le Fonds a pour mission de préserver la stabilité des changes, d'empêcher les dévaluations concurrentielles des monnaies et d'aider à corriger les déséquilibres des balances de paiements. Il apporte une assistance technique dans les domaines financiers, budgétaires, fiscaux et comptables aux administrations et aux banques centrales des Etats qui en font la demande.
Pour secourir les économies de ses membres, le FMI peut mobiliser 190 milliards de dollars en cas d'urgence. L'encours des prêts consentis à 74 pays s'élève à 28 milliards de dollars. Une partie de ses réserves est constituée de 3 217 tonnes d'or, soit 68,4 milliards de dollars.