Le monopole présidentiel du pouvoir
Un coup d'état institutionnel ! Un coup de talon de fer Présidentiel ! Nicolas Sarkozy extrémise la Vème République, non en mettant fin aux régimes des partis mais en mettant son parti au régime. Point d'état UMP mais un état impérial Sarkozien refusant les clans, mais imposant Monsieur Martinon à Neuilly, comme on offrait un empire à son cheval.Le Président de la République convoque la majorité de l'Assemblée Nationale dans le Palais de l'Elysée, dans une mise en scène digne d'un meeting de campagne, pour lui demander d'abdiquer toute velléité de contestation. Ceci avec un seul argument « vous êtes ici par ma seule force, vous ne vous en sortirez que par ma volonté » !
Formidable ! En moins de deux cent jours, Nicolas Sarkozy a réduit à néant le rôle du Premier ministre et réduit toute velléité d'autonomie des groupes parlementaires composant sa majorité. Le tout sous l'oeil ébahi des médias.
Une phalange organique du sommet de la base de l'Assemblée doit gouverner le pays, le tout administré par une oligarchie dont la source est le cabinet du Président. Non seulement Nicolas Sarkozy ne veut voir qu'une seule tête, ce qui est souvent le cas sous la Vème république, mais il ne veut voir qu'un seul thème, « l'optimisme volontaire et l'ouverture bienveillante ». L'obsession du Président de la République : ne pas revivre le « retournement » de Jacques Chirac et Alain Juppé quelques temps après la victoire de ces derniers à la Présidentielle, c'est-à-dire l'abandon de la « fracture sociale » pour la rigueur !
Il a dit à ceux qui voulaient aller plus vite. « Il y a des discours applaudis debout à l'Assemblée Nationale » qui font se lever un pays.
Quant à ceux qui s'offusquent devant l'ouverture, il a été net et leur a dit en substance « vos états d'âme et vos municipales ne sont pas à la hauteur de mon dessein ».
Bref un discours Elyséen « urbi et orbi » pour indiquer à une France la tête ailleurs... « Le monopole présidentiel du pouvoir c'est moi ».
Et comme il se doit un sondage vient fermer la séquence, 6 Français sur 10 sont pour l'ouverture, amusant ! Bref un moment particulier où le Président monopolise le pouvoir et s'en va voir Poutine.
Le retour de l'ouverture
Ne nous trompons pas, les premiers craquements dans l'opinion se font sentir. Les premières critiques se font jour. Les premiers échecs se font criants.
Le choc de croissance n'est pas au rendez-vous. Les règlements de compte pleuvent. Alors le pouvoir a recours à sa énième diversion, en évoquant à nouveau un débauchage à gauche pour rebondir. Ce n'est plus l'ouverture, c'est la couverture !
Le retour des affaires
C'est un grand classique sous la Vème République lorsque le pouvoir se déchire, et que la domination du monarque interdit toute contestation, c'est le temps des affaires.
Nous avons connu cela sous de Gaulle, Pompidou, Giscard, Mitterrand et Chirac. Depuis 5 ans mis à part l'affaire « clearstream » qui est la manifestation la plus criante de cet état de fait, pas ou peu d'affaires politico-médiatiques. Seule la justice eu droit à son lynchage médiatique avec l'affaire « Outreau ».
Sarkozy triomphant, sortant d'un été pluvieux pour les Français, et d'un été Américain pour lui, voit débouler là dessus un Dominique de Villepin déconstruisant « clearstream » en conflit inter-industriel, utilisé par le Président pour éliminer un concurrent.
Le Président a à peine grommelé son mécontentement que le parquet des Hauts-de-Seine déclenche une enquête préliminaire sur son appartement de Neuilly. Les journalistes débouchent mollement leur stylo quand ils sont tirés par la manche par « l'affaire des financements occultes des syndicats par le patronat ». Mais étonnement cela ne prend pas, en tout cas pas tout de suite.
C'est en 2004 que Tracfin[1] a été mobilisé par cette affaire, ce n'est pas terrible pour l'ancien ministre des finances en 2004. Alors déboule du lourd... Un délit d'initiés à 1200 personnes, excusez du peu, avec en guest star Arnaud Lagardère et Daimler. Un ministre des finances rappelé « dar-dar » des USA mais qui n'est au courant de rien. Et un ancien Premier ministre, Dominique de Villepin, tout à coup bien silencieux.
Par contre Sarkozy serre les poings : « J'irai jusqu'au bout de l'enquête pour savoir qu'elles ont été les responsabilités de l'Etat ». Evidemment ! Voilà les Villepinistes prévenus. Maintenant Sarkozy mène aussi l'enquête et rendra la justice sous un arbre de l'Elysée. Et ceci au moment où les rédactions sont abreuvées du seul scoop capable de mettre en transe tout Paris. Cécilia est partie !
Dans ces affaires il y a sûrement une réalité, mais leurs révélations ne laissent rien au hasard. c'est la manifestation publique que sous les sourires de circonstance, la guerre a recommencé. Dans ces conditions Nicolas Sarkozy ne pouvait laisser le moindre espace de contestation.
La grève du 18 octobre
Le paradoxe de cette grève réside dans un fait incongru. C'est le pouvoir qui l'a demandée. En effet à partir du moment où le gouvernement ne fixe ni le périmètre, ni l'ampleur, ni la feuille de route des négociations, il dit aux syndicats : démontrez votre force et après on négocie.
Mais voilà les gars en bas. ne vont pas le comprendre comme cela. S'ils déposent le sac, ce n'est pas pour une journée. Et comme ils croient n'avoir rien à perdre, ils vont se la jouer « équipe de France contre les méchants blacks » : « ils passent ou on les casse ».
Quand on pense au déluge de mépris que nous avons dû subir sur la loi « couperet » sur les 35 heures. Fixer comme but la rédition en 15 jours c'est un peu raide ! Mais la complaisance pour le Président n'a pas de limite.
Un détail pour revenir au gros
François Fillon n'a pas dérapé sur le mot « détail », il n'a ni improvisé, ni ne s'est trompé. Il a délibérément provoqué pour remettre au centre l'objet de la loi « immigration choisie ». François Fillon n'a ni oublié la formule nauséabonde de Le Pen et n'ignore pas que depuis 15 jours, l'opinion démocratique se mobilise contre l'amendement « Mariani ».
Mais en forçant le trait il espère revenir à l'esprit de sa loi. Mais précisément cette dernière est illustrée par l'amendement « Mariani » : une gesticulation idéologique.
En ce domaine comme dans beaucoup d'autres, on est dans la com'. Car tout le monde sait que la question n'est pas essentiellement l'immigration clandestine, mais principalement la crise de notre modèle d'intégration en banlieues. Alors on provoque le malaise pour retrouver ses aises.auprès de l'électorat frontiste qui trouve Sarkozy et Fillon un peu trop dans l'ouverture. Que voulez vous ? Le couple de l'exécutif a perdu 5 points en un mois.
Jean Christophe CAMBADELIS
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