Crise des banlieues, crise sociale
Le mouvement de violence et de rébellion qui vient de soulever la ville de Villiers Le Bel et les communes proches n’a pas pour seule cause le comportement des fonctionnaires de police. Elle est d’abord le marqueur, maintenant permanent et récurrent, de la crise sociale qui touche des catégories entières de citoyens, particulièrement les jeunes sans qualification.Elle est l’indice le plus évident de la crise de l’emploi et du système éducatif. Elle est d’abord la conséquence de l’incapacité de notre pays, de nos élites, de gauche comme de droite, des partenaires sociaux et des responsables politiques à réduire le chômage et la précarité, à lutter contre la pauvreté.
De ce point de vue, elle fait face, pour ne pas dire qu’elle s’oppose, au récent mouvement de défense des régimes spéciaux. Comment ne pas voir, à quelques jours d’intervalle, comment ne pas comprendre qu’en s’attaquant aux lieux publics, les jeunes expriment, consciemment ou non, qu’ils se sentent les moins écoutés, les plus méprisés dans notre société, que le discours sur le pouvoir d’achat n’est pas le leur.
Comment ne pas manifester plus clairement par la violence que leurs aspirations, leurs besoins, leur souffrance n’est pas celle qui s’exprime dans le cadre des mouvements sociaux classiques. Peut-on aujourd’hui parler d’une solidarité avec les revendications des fonctionnaires sur le pouvoir d’achat ou avec celles des salariés de l’ANPE, dans le cadre d’un mouvement global contre le gouvernement et le sarkozisme ? J’en doute un peu.
Le rétablissement de polices de proximité, la rénovation des quartiers sensibles, la politique de la ville ou l’augmentation des salaires de ceux qui ont un emploi sont sans doute souhaitables. Mais ces mesures ne résoudront pas la crise qui marque la jeunesse des banlieues. Car ce qui est en cause, c’est l’emploi et la précarité. Il est clair que la politique conduite par la droite est en échec depuis 2002, mais ces événements interrogent aussi nos orientations, nos propositions, nos priorités socialistes.
Aujourd’hui, 150.000 jeunes sortent du système scolaire sans formation entre 16 et 20 ans. Parmi eux, peu trouvent du travail. Jusqu’à 25 ans, en attendant de toucher le RMI, ils sont sans ressources et sans activité. Le principal problème est là. Ajoutons qu’un tiers de ceux qui travaillent en France ont un revenu inférieur au SMIC en moyenne annuelle. Augmenter les salaires n’y changera pas grand chose, puisqu’en fait la faiblesse de leur revenu n’est liée à leur salaire mais à la précarité de leur emploi, quelques semaines ou mois de travail par an, souvent à temps partiel. Nous devons absolument faire des jeunes et de leur insertion dans le monde du travail la priorité nationale.
Durant la campagne présidentielle, nous avons proposé de créer le contrat Entrée dans la Vie Active (EVA) et de donner une première traduction concrète à l’idée de sécurité professionnelle. Nous proposions d’assurer à tout jeune au chômage ou en fin de contrat précaire un soutien personnalisé jusqu’au retour dans l’emploi stable ou l’intégration dans un parcours d’insertion professionnelle (alternance, apprentissage,…), une allocation minimale, intermédiaire entre le RMI et l’Allocation de Solidarité minimum versée par l’Unedic, un crédit - formation inversement proportionnel à la durée de la formation initiale et des procédures spécifiques de validation des acquis de l’expérience professionnelle pour les jeunes ayant déjà travaillé en contrat précaire.
Le soutien personnalisé permet de ne laisser aucun jeune seul face au chômage et à l’absence d’activité. Il valorise et crédibilise la formation en alternance dont on sait qu’elle est le meilleur facteur d’insertion professionnelle des jeunes en situation d’échec scolaire.
L’allocation est un facteur d’autonomie et de solidarité nationale. Elle témoignerait de l’importance que la collectivité nationale (la nation ?) accorde à sa jeunesse et montrerait clairement que le système d’assurance chômage n’est pas réservé à ceux qui ont pu cotiser suffisamment pour en bénéficier. Le coût est loin d’être négligeable pour l’Etat, mais voilà une politique qui soutiendrait réellement le pouvoir d’achat.
La validation de l’expérience professionnelle acquise dans les contrats précaires est un moyen de responsabiliser les entreprises en matière de précarité, tout en inscrivant les bénéficiaires dans un parcours professionnel. Ce contrat ne peut se mettre en place que par une mobilisation de l’ensemble des acteurs : jeunes, partenaires sociaux, entreprises, pouvoirs publics. La négociation qui s’est engagée entre partenaires sociaux sur le contrat de travail constitue une première avancée qui doit donner des résultats et conduire à
des négociations de branches et d’entreprises.
Telle est aujourd’hui le sens que nous devons donner à notre expression socialiste : soutenir les partenaires
sociaux dans la mise en oeuvre d’un contrat d’insertion des jeunes en difficulté, déblocage par l’Etat de moyens budgétaires permettant d’assurer, au titre de la solidarité nationale, un soutien personnalisé et une allocation minimum dans le cadre d’un parcours d’insertion. Voilà le type de réponse que les jeunes attendent du reste de la collectivité nationale et de ses élus.
Voilà qui serait fidèle à nos idéaux de justice sociale et de cohésion sociale, au service d’une réelle redistribution au sein de la société.
Voilà qui prendrait au mot le discours présidentiel sur le pouvoir d’achat, cette fois au service de ceux qui sont les plus pauvres et se sentent les plus mal aimés dans notre société. Ce serait sans doute aussi la meilleure réponse à apporter au racisme qui se développe.
Marc DELUZET
Source Socialisme et Démocratie
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