La promotion de la démocratie : une impasse théorique

Publié le par SD32

vie-des-id--es.pngLa promotion de la démocratie repose, depuis le début des années 1990, sur une conception restreinte du régime démocratique et sur une interprétation discutable de l’histoire. C’est ce que révèle l’étude des débats qui ont animé les democratization studies aux Etats-Unis.


Ronald Reagan, dans son discours au Parlement britannique en juin 1982, place la défense de la démocratie au cœur de la guerre froide : celle-ci n’aura de fin que lorsque la démocratie l’emportera dans la bataille idéologique qui l’oppose au totalitarisme. Les democratization studies ne sont pas extérieures à cette bataille. La revue The Journal of Democracy en témoigne. Créée et financée par le National Endowment for Democracy (organisme semi-public fondé en 1983 par l’administration Reagan et destiné à être le fer de lance du combat d’idées et de valeurs contre l’URSS), elle veut jouer pleinement son rôle dans l’exportation du modèle démocratique. Elle témoigne également des difficultés théoriques qui ont accompagné la promotion de la démocratie au cours de ces vingt dernières années.

Trois raisons, au moins, poussent à prendre le Journal of Democracy comme objet d’étude.

1°) Cette revue a été et est encore sans doute un espace où ont écrit, où ont débattu toutes les grandes figures des democratization studies, parmi lesquels Larry Diamond et Mark Plattner, qui ont fondé la revue et l’ont toujours dirigée, Francis Fukuyama, Samuel Huntington, Philipp Schmitter, Juan Linz, Alfred Stepan, Robert Dahl, Seymour Lipset, Guillermo O’Donnell, Thomas Carothers, Laurence Whitehead mais aussi, plus occasionnellement, des penseurs comme Amartya Sen ou Adam Przeworski. Les nombreux débats qui ont eu lieu dans les pages de cette revue, les nombreuses discussions qui ont opposé ces auteurs rendent sensibles les difficultés, les tensions, les points d’achoppement que rencontre le projet de promotion de la démocratie, en particulier dans la définition des concepts qui fondent sa justification théorique.

2°) Le Journal of Democracy porte une grande attention à l’évolution des processus de démocratisation, dont les conditions changent assez radicalement, au cours de ces quinze ou vingt dernières années. Prêter attention à la transformation des questions qui sont abordées dans cette revue permet ainsi de mesurer cette évolution — ce que nous aurons l’occasion de vérifier.

3°) La troisième raison est liée moins au contenu ou à l’histoire de cette revue qu’à son statut, du moins à celui que lui assignent ses deux directeurs et fondateurs, Mark Plattner et Larry Diamond, qui appartiennent tous deux assez nettement au courant néo-conservateur (le premier a dirigé la revue The Public Interest, autour de laquelle s’est organisé ce courant , le second est lié à la Hoover Institution). Dans l’exposé des principes de la revue, au début du premier numéro , les deux directeurs insistent sur la nécessité pour les défenseurs de la démocratie d’unifier et ainsi de rendre plus solide leur discours face aux idéologies anti-démocratiques. C’est à cela que doit servir la revue selon eux : à opposer aux idéologies autoritaires et totalitaires une défense militante de la démocratie, qui consiste à montrer, j’y reviendrai, que la démocratie est le seul régime légitime.


Pour lire la suite de cet article de Florent GUENARDwww.laviedesidees.fr/IMG/pdf/20071128_fg_fr.pdf

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