Le Parti socialiste et sa doctrine en jachère

Publié le par SD32

Baumel-renoverleps.jpgDepuis le triptyque "nationalisations, planification, autogestion" gravé dans le marbre par le congrès d'Epinay de 1971, le Parti socialiste a changé ses pratiques sans officiellement renouveler le fond de sa pensée.

Dans un livre - écrit par un socialiste mais dans lequel il n'est (presque) pas question de la dernière élection présidentielle -, le strauss-kahnien Laurent Baumel se penche sur cette inertie doctrinale qui a empêché le PS de prendre la mesure de changements sociologiques qui se sont pourtant produits sous ses yeux.

Remontant aux sources de cet immobilisme, Laurent Baumel, qui est aussi responsable national aux études du PS, met d'abord en évidence le "surmoi marxiste", qui, selon lui, affecte encore nombre de ses camarades. Et leur interdit d'assumer sans faux-semblants ce qui constitue le socle de la pensée réformiste : la nécessité de négocier des compromis avec l'économie de marché.

A force de mener un Bad Godesberg implicite et mal assumé, les socialistes français ont intériorisé les critiques de l'ultra-gauche (hier, le PCF, aujourd'hui, la LCR) selon lesquelles toute modernisation de l'Etat social constitue une trahison des conceptions originelles d'une "vraie" gauche autoproclamée. Même minoritaire, cette attitude influe sur le débat interne, l'entraînant en permanence "dans des courses stériles au plus à gauche".

Cette incapacité à s'engager dans une réflexion doctrinale en prise sur le réel a engendré une sorte de "déprime post-messianique". Désenchanté, le PS s'est réfugié dans un pragmatisme gestionnaire qui a alimenté un "repli sur le local" d'autant plus tentant qu'il coïncidait avec l'essor de la décentralisation.

Bien plus valorisant, l'appel du "terrain" a pris le pas sur les joutes idéologiques jugées vaines, voire sans objet. Les charmes - et les succès - du socialisme municipal, cantonal ou régional n'ont pourtant pas permis de compenser la mise en jachère de la doctrine d'un Parti socialiste français contraint de battre sa coulpe et de sonner le tocsin de la rénovation après chacun de ses échecs électoraux.

Laurent Baumel s'en prend aussi à la "culture techno-ministérielle" diffusée par toute une génération de dirigeants plus attachés à l'acquisition d'un profil de ministrable qu'au statut d'intellectuel socialiste. Conditionnée par l'accumulation de compétences sur quelques sujets porteurs, cette priorité accordée à l'expertise thématique a elle aussi contribué à reléguer au second plan ceux qui auraient la drôle d'idée de s'intéresser aux analyses sociétales ou au décorticage des contradictions induites par les phénomènes sociaux. Bref, de s'aventurer sur le terrain du travail idéologique.

Enfin, l'auteur cloue au pilori "l'obsession présidentielle" qui a accouché du "ni-ni" mitterrandien de 1988 et tué dans l'oeuf les velléités doctrinales de Lionel Jospin, qui opposait "économie de marché" et "société de marché".

" Depuis 1981,
constate-t-il, la polarisation sur la présidentielle conduit sensiblement chacun à caler son positionnement idéologique sur ses intérêts tactiques présumés dans la course à l'Elysée et entrave une entreprise collective et sincère de rénovation."

De ce constat, Laurent Baumel tire une conclusion pratique qui ne fera pas l'unanimité : désigner lors du prochain congrès un premier secrétaire de transition qui ne soit ni Ségolène Royal ni Bertrand Delanoë.

Il pose, en revanche, une exigence à laquelle tous les socialistes devraient souscrire en suggérant de "privilégier le réel sur la posture".

Il est désormais urgent, insiste-t-il, de cerner les vraies divergences au sein du PS.

Source Le Monde

 

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