Recommencer la campagne de 2007

Publié le par SD32

ElyseeCour2.jpgRejouer les élections du printemps 2007, voilà le programme qui semble s'annoncer pour le mois de mars. Les municipales vont être une échappatoire pour la majorité, alors que les attentes qu'elle a fait naître sont en grande partie déçues. Et l'opposition y voit une aubaine pour faire oublier qu'elle n'a pas de programme alternatif. On rembobine le film de l'affrontement droite-gauche et on le repasse.


Cette répétition est le choix du président de la République. Près de huit mois après l'entrée de Nicolas Sarkozy à l'Elysée, le nouveau pouvoir n'est pas vraiment installé dans l'opinion. Les sondages révèlent le trouble d'une partie des Français, y compris parmi les électeurs de la majorité.
Le chef de l'Etat a donc décidé de prendre les devants : plutôt que de voir les élections municipales (et cantonales dans la moitié des cantons) préemptées par les mécontents, il les "politise" lui-même en appelant ses partisans à se mobiliser contre les adversaires des réformes qu'il a promises et, en partie, engagées.

 

La stratégie du président paraît adaptée dans la mesure où, comme il l'a dit au cours de sa conférence de presse, mardi 8 janvier, les résultats des élections de mars seront de toute façon interprétés en termes de succès ou d'échec pour lui-même et pour le gouvernement. Chercher à passer entre les gouttes, en menant des campagnes locales, serait plus risqué, pour la droite, que d'assumer un affrontement national. Le risque serait d'autant plus grand que la gauche a une marge de progression importante, puisqu'elle avait perdu des mairies aux élections municipales de 2001 et qu'elle a regagné du terrain, depuis, dans l'électorat urbain.

Mais il y a aussi, dans ce retour presque impatient au combat électoral, l'aveu d'une faiblesse et l'espoir d'une diversion. Le pouvoir a d'autant plus à craindre d'un revers dans les urnes, dans deux mois, qu'il se sait instable. Faute de résultats, mais surtout en raison de l'écart entre les promesses d'hier et le comportement d'aujourd'hui.

Personne n'avait obligé le candidat de l'UMP à proclamer qu'il serait "le président du pouvoir d'achat". Expliquer, maintenant, qu'il ne peut pas "vider des caisses qui sont déjà vides" est une réponse un peu courte à ceux qui subissent la stagnation de leurs revenus et l'augmentation de leurs dépenses. En disputant de nouveau, symboliquement, le match de 2007, le président va tenter de ressouder ceux qui ont voté pour lui, électeurs de droite, d'extrême droite, voire centristes séduits par l'ouverture.

La gauche va l'y aider, car elle a intérêt à un débat pour ou contre Nicolas Sarkozy. Mener un combat frontal contre le pouvoir permet au Parti socialiste de mettre en sommeil ses divisions et de faire jouer à son profit le "vote utile", qui l'a servi à la présidentielle et aux législatives. Il a là l'occasion de remporter une victoire sans avoir à se soucier du renouvellement de ses idées ou du choix de ses dirigeants. Alors que les électeurs se déclarent majoritairement satisfaits de leurs maires, les gains espérés par les socialistes et leurs alliés dépendront pour beaucoup de l'irritation suscitée par le pouvoir.

C'est précisément ce que craignent, à droite, certains maires ou candidats à le devenir. La stratégie élyséenne peut en effet servir la gauche. Dans un climat économique dégradé, et alors que le style présidentiel provoque un trouble croissant, faire des scrutins de mars un test de validation du sarkozysme n'arrange pas toujours des élus en quête de réélection ou des candidats qui rêvent de s'emparer d'hôtels de ville où les équipes de gauche sont fatiguées.

En règle générale, c'est l'opposition qui cherche à politiser les élections locales. Inverser les rôles est une rupture qui peut coûter cher.

 
Source : chronique de Patrick Jarreau parue dans le Monde
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