Le PS n'est pas déliquescent

Publié le par SD32

undefinedSocialisme & Démocratie 32 reproduit ici l'interview accordée par Jean Christophe Cambadélis le 20 janvier dernier dans les colonnes du JDD

« Le PS me désespère », dit Fadela Amara, ministre de gauche du gouvernement Fillon, est-ce qu’il vous désespère aussi ?


Oui, parfois. Le PS souffre d’un excès de concurrence entre ses dirigeants, ce qui rend son discours cacophonique et le décrédibilise. La question du traité européen en est la dernière illustration.

Elle dit aussi que le PS «a besoin d’un tsunami», vous êtes d’accord ?

C’est le gouvernement qui a besoin d’un tsunami, face au remarquable trou d’air du Président dans l’opinion! Sa conférence de presse la semaine dernière constitue un renoncement analogue à celui de Jacques Chirac sur «la fracture sociale» dès l’automne 1995. Il nous dit: les caisses sont vides, c’est le même aveu d’impuissance. L’homme qui murmure à l’oreille des riches ne passe plus chez les Français. Le tort de Nicolas Sarkozy est de se faire le porte-parole d’intérêts particuliers: sur la laïcité ceux des catholiques, sur l’entreprise ceux de l’employeur. Il abîme l’intérêt général, c’est grave. Sur les contrats de travail, les partenaires sociaux viennent de trouver un bon compromis: quand Sarkozy ne s’en mêle pas, l’intérêt général reprend le dessus.

Et à ceux qui parlent du PS comme de la SFIO au soir de sa vie, vous dites quoi ?

Nous n’avons pas à nous déterminer par rapport aux critiques. Soyons sérieux, le PS n’est pas déliquescent, il est à la tête de 20 régions, de la moitié des conseils généraux et des plus grandes villes de France! Comment pourrait-il être en bonne forme après trois défaites présidentielles! Mais il montre des signes de redressement. Les trois Forums de la rénovation marquent une évolution idéologique notable qui était nécessaire et doit se poursuivre. Le premier forum a établi qu’être Français, c’est conquérir des droits; le second que, dans la mondialisation, la compétitivité est une nouvelle frontière; et enfin le troisième aujourd’hui que la réussite individuelle n’est pas l’ennemie de la réussite collective.

On ne peut plus dire que le PS est divisé entre ses marxistes et ses socio-démocrates ?

On peut dire que le PS a défini le contour d’une nouvelle gauche moderne. Celle-ci doit maintenant travailler à créer un nouvel état d’esprit plus collectif, à élaborer une justice sociale plus efficace et à bâtir une nouvelle maison de la gauche. Ce sont les trois chantiers préalables à tout le reste.

Vous vous dites «reconstructeur», qu’avez-vous de plus qu’un «rénovateur» ?

Foin d’étiquettes, travaillons à la reconstruction de fond en comble de la maison ! On ne peut pas critiquer par exemple l’hyper présidence de Nicolas Sarkozy et souhaiter une hyper présidence du premier secrétaire du PS. La rénovation ne peut pas être un «tous derrière moi», elle est un «tous ensemble». Finies les postures et les divisions!

Quand Ségolène Royal forme de nouvelles équipes, s’annonce candidate à diriger le PS et à l’élection présidentielle, aide-t-elle ou non à la rénovation ?

Quand elle s’engage dans les municipales et sonne la charge contre Nicolas Sarkozy, elle joue un rôle utile car Nicolas Sarkozy demande, à travers ces élections, un permis de sévir pour le plan d’austérité qui vient. Quand elle provoque un combat de personnes, elle se fait du mal à elle, et ne facilite pas la rénovation. L’heure n’est pas à cultiver sa singularité. Notre candidat pour 2012 devra se rendre légitime et incontournable par des primaires de toute la gauche en 2011.

C’est un plaidoyer en faveur de votre ami DSK, ac-tuellement retenu au FMI ?

Je ne sais pas quel sera le paysage politique dans quatre ans, mais je sais que personne ne pourra se passer de DSK pour l’emporter.


Pensez-vous comme Michel Rocard, que Ségolène Royal soit «une certitude de défaite», ou comme Guy Delcourt, député de Lens qui vient de dénier toute légitimité aux «ambitions personnelles» de cette dernière ?

Ségolène Royal ne constitue pas, en tous cas, une certitude de victoire. Mais lisez jusqu’au bout les propos de Rocard qui plaide, avec nous, pour un dépassement des boutiques et un travail de fond dans la durée. Quant à la lettre de Delcourt, elle relève d’une crispation du passé, mais Ségolène Royal doit savoir que le PS veut être respecté.

Combien de personnes, selon vous, feraient un bon premier secrétaire ?


Elles sont nombreuses, trop nombreuses. Innombrables en fait. Mais personne ne doit oublier qu’avant de se lancer sur le marché, il faut construire un rassemblement majoritaire à l’intérieur du PS. Quant à la présidentielle, nul n’en est exclu à priori.
 
Publicité
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article