Espagne : Zapatero sort renforcé du second débat télévisé
Mais quel était donc le contenu précis de l'obscure question d'actualité posée lors de la première séance de contrôle du gouvernement après le changement de majorité du 14 mars 2004 par Mariano Rajoy à José Luis Rodriguez Zapatero, nouvellement nommé chef de l'exécutif ? Les deux principaux candidats au poste de président du gouvernement espagnol se sont querellés à plusieurs reprises sur cette question, que l'on imagine essentielle pour l'avenir du pays, mais qu'ils n'ont pas explicitée, lors de leur second débat télévisé, lundi 3 mars, le dernier avant les élections législatives du 9 mars.Le conservateur voulait démontrer que le socialiste tord la vérité quand cela l'arrange. Le socialiste, que le conservateur ne s'est pas soucié du bien-être économique de ses concitoyens jusqu'à la veille de la campagne électorale.
Ainsi va le débat politique espagnol, perclus de rancœurs et hypothéqué par les accusations de mensonge, qui sont revenues à de multiples reprises lundi soir. Pourtant, ce second face-à-face, qui sera le dernier, avait mieux commencé que le précédent. Pendant la première partie de l'émission, les deux adversaires ont débattu des questions économiques et sociales. Pour contrer le "ralentissement économique" qui s'annonce, M. Zapatero a opposé ses propositions au "pessimisme" de son adversaire.
Moins soucieux de détailler ses projets, M. Rajoy a tenté de démontrer que le chef du gouvernement sortant "nie la réalité" et ignore les problèmes quotidiens des Espagnols. Au premier rang de ceux-ci, il a placé l'immigration non contrôlée, les nouveaux arrivants "retirant des droits sociaux" aux Espagnols les moins favorisés, dans la mesure où ils ont encore moins de moyens qu'eux et captent donc les aides sociales réservées aux moins riches.
Puis l'atmosphère s'est brusquement tendue. Dans un échange à mains nues mêlant la guerre d'Irak, les attentats djihadistes du 11 mars 2004, à Madrid, et l'ETA, ils se sont mutuellement accusés d'exploiter le terrorisme à des fins politiques. M. Rajoy a accusé M. Zapatero d'avoir "menti" concernant les négociations avec l'ETA, d'avoir "utilisé le terrorisme" et même d'avoir soutenu l'engagement de troupes en Irak après avoir retiré les soldats espagnols. En retour, M. Zapatero a accusé le Parti populaire d'avoir "utilisé l'ETA pour justifier la guerre en Irak" et d'avoir tenté de mêler l'ETA aux attentats de 2004. "Quelle politique antiterroriste préférez-vous, a-t-il interrogé. Celle qui s'est conclue par quatre morts en quatre ans ou celle qui a fait plus de 238 morts lors de la précédente législature?" "Vous voulez à nouveau gagner les élections avec la guerre d'Irak et les attentats du 11 mars 2004 !", a répliqué M. Rajoy.
Présentés par les médias avec autant d'expectatives que pour un "clasico", un match entre le Real Madrid et le FC Barcelona, ces deux face-à-face télévisés étaient les premiers depuis quinze ans. En 2004, tellement sûr de remporter des élections qui lui semblaient acquises, Mariano Rajoy avait refusé de débattre avec José Luis Rodriguez Zapatero, élu quatre ans auparavant président du PSOE. Les sondages express effectués lundi soir donnaient tous un net avantage à M. Zapatero, jugé vainqueur du duel par une moitié de personnes interrogées, entre 29 % et 40 % penchant pour une victoire de M. Rajoy.
M. Zapatero avait déjà "gagné" le match aller, suivi par treize millions de téléspectateurs. Finale dimanche soir.