Espagne : Zapatero brigue un second mandat
Quelque 35 millions d'électeurs espagnols sont invités ce dimanche à renouveler leur Parlement au terme d'une campagne dominée par le ralentissement de l'économie et endeuillée dans les dernières heures par l'assassinat au Pays basque d'un ancien élu socialiste. Les premières tendances devraient être connues dès la fermeture des bureaux de vote, à 20h00.
Vainqueur surprise il y a quatre ans, le président du gouvernement socialiste sortant, Jose Luis Rodriguez Zapatero, brigue un deuxième mandat.
Le Parti populaire (PP), l'opposition de droite conduite par Mariano Rajoy, tentera lui de faire oublier l'échec de mars 2004.
Le scrutin s'était tenu trois jours après les attentats islamistes de Madrid. En s'obstinant à attribuer ces attaques meurtrières aux séparatistes basques d'ETA, la droite alors au pouvoir avait provoqué l'indignation d'une grande partie de l'électorat et précipité le retour aux responsabilités du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) après huit années de gouvernement Aznar.
A quarante-huit heures des élections, la campagne a été endeuillée par l'assassinat d'un ancien conseiller municipal socialiste, Isaias Carrasco, tué par balles à Mondragon.
Mais, selon des politologues, le meurtre attribué à ETA ne devrait pas modifier radicalement l'issue du scrutin, que Zapatero aborde cette fois avec l'étiquette de favori.
Depuis l'échec de l'amorce de dialogue voulu par le gouvernement socialiste avec les clandestins basques, le PSOE et le PP sont sur une même ligne de rejet de négociations avec les Etarras.
RALENTISSEMENT ÉCONOMIQUE
Leurs programmes divergent en revanche sur l'économie et sur l'immigration, dont Rajoy a fait un thème principal d'une élection pour la première fois dans l'histoire de la démocratie espagnole.
Après des années de boom économique porté par le BTP et la facilité d'accès au crédit, la conjoncture espagnole marque le pas. La croissance du PIB, supérieure à 4% il y a un an, devrait retomber cette année à 2%, un niveau sans précédent depuis le début des années 1990.
Principal facteur de ce ralentissement, l'immobilier ébranlé par la crise du crédit. Le secteur de la construction compte en effet pour près de 20% de l'activité économie et de l'emploi.
Dans ces conditions, le chômage, qui était tombé l'an dernier à son niveau le plus bas de ces trente dernières années, est reparti à la hausse: depuis juin, près de 300.000 personnes sont venues s'ajouter aux demandeurs d'emploi. On en compte aujourd'hui 2,3 millions.
Les Espagnols, au fort taux d'endettement, sont aussi confrontés aux hausses des prix de l'alimentation et des carburants, qui ont porté l'inflation à 4,4% en février.
Face à cette dégradation de leur pouvoir d'achat et inquiets par les perspectives du marché du travail, nombre d'entre eux considèrent désormais les immigrés comme des concurrents. Le boom économique s'est accompagné par un afflux sans précédent d'immigrés (plus de trois millions depuis huit ans).
Rajoy et le PP ont lié ces deux thèmes, le chef de file de la droite espagnole dénonçant une "immigration échappant à tout contrôle".
Les sondages sont interdits de publication depuis lundi minuit. Les dernières enquêtes d'opinion autorisées créditaient le PSOE d'un score compris entre 43,4 et 43,9%, quatre points environ devant le PP.
L'issue du scrutin dépendra largement de la participation, notamment parmi les jeunes électeurs qui s'étaient fortement mobilisés en 2004 pour sanctionner la droite.
Selon des politologues, le PSOE serait en difficulté si la participation est inférieure à 75% (elle était de 76% en 2004). Si elle passe sous les 70%, la victoire pourrait même changer de camp. L'assassinat d'Isaias Carrasco pourrait nourrir la participation.
Quel que soit le vainqueur, néanmoins, il lui faudra sans doute négocier le ralliement de petits partis pour disposer d'une majorité au Parlement.