L'Amérique de Barack OBAMA

Publié le par SD32

Je viens de terminer le livre de François Durpaire, Chercheur au Centre de Recherches d'Histoire nord-américaine à l' Université Paris I et d'Olivier Richomme, Maître de  conférence en civilisation américaine à l'Université de Lyon II et intitulé  " l'Amérique de Barack Obama ".

A la lecture de cet ouvrage, j'ai beaucoup appris sur celui qui pourrait être , en novembre prochain, le prochain Président des Etats-Unis. Quel enthousiasme , quelle détermination chez Barack Obama !

Candidat à l'investiture du parti démocrate, ce jeune avocat, unique sénateur noir américain, est en train de s'imposer, dans cette primaire, devant Hillary Clinton. Il incarne déjà le passage d'une Amérique en noir et blanc à une société métissée. Présenté par beaucoup comme le nouveau Kennedy, il fait rêver les Etats-Unis.

A Socialisme & Démocratie 32, nous avons souhaité vous faire partager cette campagne des primaires démocrates depuis un certain temps: nous attendons beaucoup d'un changement politique aux Etats-Unis.

Aujourd'hui, nous vous proposons un entretien accordé par François Durpaire, à RespectMag, le Mag qui secoue les ghettos.

Philippe PUGNET

Obama-couverture-livre.jpgPourquoi s’intéresse-t-on tant à Barack Obama ?

FD: Il y a déjà eu des candidats issus des minorités ; mais Obama est le premier à avoir de réelles chances de devenir le premier président noir de l’histoire des États-Unis. Il est le premier Noir démocrate à ne pas limiter son discours à la défense de sa communauté en incarnant la rupture avec la rupture de George W. Bush, il s’adresse à l’ensemble des Américains (et du monde). Il constitue également un symbole pour les minorités visibles en France.


Ses origines : handicap ou atout ?

FD: Après le 11 septembre, personne ne pensait qu’un homme politique dont la famille paternelle était Kenyane musulmane, élevé dans une école indonésienne à majorité islamique, aurait un jour des chances de devenir président des États-Unis. Dans certains coins des USA, son nom a encore du mal à passer : ses détracteurs insistent sur son deuxième prénom – Hussein – ou font le lien entre Obama et Osama…

Ce n’est pas de la grande politique mais ça fait partie du jeu ! La diversité de ses origines est aussi un atout : beaucoup d’Américain peuvent se reconnaître en lui. Sa mère est une blanche du Kansas. Il a du sang cherokee. Son père est kenyan, son épouse afro-américaine, sa sœur indonésienne, sa nièce chinoise… Les repas de famille chez les Obama ressemblent à l’assemblée générale des Nations Unies ! Cela correspond aux évolutions de la population américaine.


Comment la communauté noire voit-elle la candidature de Barack Obama ?

FD: Certains disent qu’Obama n’est pas un Noir américain au sens strict, dans la mesure où il est un métis africain, qui ne porte pas en lui l’histoire de l’esclavage ni des droits civiques. D’autres, au contraire, voient en cette candidature une occasion unique de réconcilier les communautés. Obama, lui, ne s’inscrit pas en porteur d’un soi-disant vote noir : « Il n’y a pas une Amérique blanche et une Amérique noire : il y a les États-Unis d’Amérique » a-t-il dit en 2004 lors de la convention démocrate où il s’est fait connaître du grand public. Reste que le rôle des électeurs noirs risque d’être décisif dans la réussite d’Obama aux primaires.

Selon toi, Barack Obama serait « prisonnier de sa popularité »…Halle-Berry.jpg

FD: Il a pris conscience qu’il ne devait pas se laisser enfermer dans son statut de chouchou des médias. Il choisit désormais ses émissions, même s’il lui arrive encore de participer à des émissions de divertissement. Il a fait récemment la couverture du magazine Hip hop Vibe. Il a le soutien des stars. On a vu par exemple Halle Berry arborer un T-shirt « Obama for change »…


Politiquement, en quoi se démarque-t-il d’Hillary Clinton (son adversaire à l’investiture démocrate) ?

FD: Il insiste sur sa différence en matière de politique étrangère : Hillary Clinton a voté en faveur de la guerre en Irak. Et ne s’est pas prononcé clairement sur la question d’une menace de bombardement en Iran.


L’Amérique souffre de nombreux problèmes sociaux. Quel est le programme de Barack Obama sur ces points ?

FD: Ses propositions sur l’école sont assez originales. Il tente de réconcilier l’approche de droite, qui insiste sur la responsabilité enseignante, et l’approche de gauche, qui réclame plus de moyens pour l’éducation. Selon lui, face à l’ampleur des problèmes, le programme social d’Hillary Clinton est trop conservateur alors que 9 millions d’enfants n’ont pas accès à l’assurance maladie. Obama entend être plus interventionniste en matière d’éducation et de santé publique.

Quelle était sa position sur la guerre en Irak en 2003 ?

FD: Il affirmait qu’il n’était pas contre toutes les guerres, mais contre les guerres stupides… et que celle-là l’était. Il prévoyait qu’elle serait politiquement inutile et coûteuse en vies humaines. L’avenir semble lui avoir donné raison.

undefinedFaiblesses de sa candidature ?

FD: Sa principale faiblesse est son inexpérience. Dans un monde troublé, ses adversaires républicains, ainsi que le camp Clinton, affirment qu’on ne peut confier la Maison-Blanche à un "bleu ". Mais c’est un homme neuf comme les aiment les Américains. On reprochait également son inexpérience à Kennedy... Obama incarne une nouvelle génération.

Les USA n’ont pas forcément une bonne image en France. Barack Obama, s’il est élu, peut-il réussir ce que tente Nicolas Sarkozy : réconcilier les Français avec l’Amérique ?

FD: L’important n’est pas seulement de réconcilier les gouvernements mais bien de réconcilier les peuples. Obama entend renouer le dialogue avec les États du Sud, dont il connaît les problèmes. Il a vécu en Indonésie jusqu’à l’âge de 10 ans, est allé plusieurs fois en Afrique. Bush, lorsqu’il a été élu président, n’était pas allé plus loin que le Canada ou le Mexique… Un scoop pour Respect Mag : Obama devait venir en France le 9 octobre dernier, il avait rendez-vous avec Sarkozy… Mais Hillary Clinton a envoyé son mari à Paris la même semaine pour empêcher ce voyage de se dérouler !


Le rêve américain de Barack Obama peut-il nourrir un certain rêve français dans les quartiers populaires ?

FD: Imaginer un fils d’immigrant africain, issu d’une famille modeste, âgé de seulement 46 ans, ayant des chances réelles d’occuper la charge suprême, peut effectivement apparaître comme porteur d’espoir. Mais il ne faut pas idéaliser la société américaine. Le parcours d’Obama, même s’il a le mérite d’exister, est également exceptionnel pour les États-Unis.


L’Amérique est-elle prête pour un Président noir ?
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FD: Dès 1997, un sondage révélait que presqu’aucun Blanc ne voyait d’inconvénient à voter pour un candidat noir. En 1958, la proportion n’était que de 35 %... Bien sûr, il peut y avoir une grande différence entre les déclarations d’intention et la réalité des votes. Tant qu’un Noir ne sera pas président, il y aura toujours des gens pour penser que c’est impossible !


À quand un candidat issu des minorités visibles présidentiable en France ?

FD: Je suis historien, pas devin ! Les personnalités politiques issues des minorités dont on entend parler aujourd’hui – Rachida Dati ou Rama Yade - sont nommées, pas élues. Il y a des gens de grand talent en France. En 2002, Christiane Taubira s’est présentée aux élections présidentielles françaises ; son discours n’a sans doute pas eu l’écho médiatique qu’il méritait. Néanmoins les choses bougent.

Propos recueillis par Jean-Marie Bagayoko

Source Respect Mag
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