Branlée !
Deuxième tour des élections municipales et cantonales hier soir. J’ai été surpris par la prudence, voire la mollesse de certains commentaires heureusement corrigés ce matin. Car en me réveillant, en lisant les journaux, en analysant les résultats, je ne peux partager la tonalité un peu endormie de certaines appréciations, notamment mais pas uniquement au sein de la droite.Le Premier ministre parle d’un « rééquilibrage », Jean-François Copé appelle à un « changement de méthode », Hervé Morin vante les succès du « nouveau centre », beaucoup à gauche aussi adoptent un ton mesuré. Ils ont raison, s’il s’agit de garder une modestie de bon aloi. Mais pour les résultats, il n’y a pas photo : je l’ai dit ce matin à la « matinale » de Canal Plus, avec une franchise qui a peut-être surpris mais que j’assume, la droite a subi une défaite historique, et pour le dire plus crûment, elle a pris une branlée.
C’est, en effet, à une déferlante de la gauche que nous avons assisté ce dimanche. 42 villes de plus de 30 000 habitants passent à gauche, et pas des moindres : Toulouse, bien sûr, après 37 ans de « baudisme », Amiens – exit Gilles de Robien – Metz – qui n’avait jamais eu de maire de gauche – Reims – bravo à Adeline Hazan - Saint-Étienne, Quimper, reprise par mon cher Bernard Poignant, et Caen, Roanne, Evreux, Périgueux, où Xavier Darcos est battu, comme Rama Yade à Colombes, Blois, et tant d’autres…
Je n’oublie pas les villes que nous gardons, de belle façon, comme Paris et Lyon. Tout aussi significative est la prise par le PS d’une dizaine de départements – nous en détenons désormais une soixantaine. À ce train-là, le Sénat lui-même pourrait basculer en 2011 ! Le Modem est lui aussi, comme je le prévoyais, dans la tourmente, puisque François Bayrou est défait à Pau.
Il ne manque à ce tableau que Marseille, où Jean-Noël Guérini a frôlé la victoire et préparé l’après Gaudin. Ne faisons pas d’autosatisfaction, mais constatons que le PS a aujourd’hui la plus belle implantation territoriale de son histoire – avec en outre ses 20 régions sur 22 – que cela a un sens – on nous crédite à l’échelle locale des meilleures capacités pour gérer, nous sommes une opposition redevenue crédible – et surtout que ça nous confère une responsabilité.
Pourquoi ce résultat ? Il a évidemment, et d’abord, valeur d’adhésion locale à une démarche privilégiant la solidarité, le logement, la culture, les services à la personne, la démocratie participative, l’éducation, faisant sortir nos collectivités territoriales de l’immobilisme et du conservatisme de la droite. Menant campagne aux côtés de nos candidats dans la France entière, j’ai été frappé par la qualité de leurs équipes et le sérieux de leur projet : ça a payé ! Mais il y a aussi, et tout autant, une lourde sanction pour le pouvoir. Cette sanction est, à mon sens, triple.
Il y a bien sûr le rejet d’un style et d’une méthode : l’hyperprésidence sarkoziste, avec sa vulgarité, sa grossièreté, sa légèreté, est rejetée, les Français ont voulu un quinquennat d’action, pas une mise en scène people d’un projet faible et illisible. Mais j’y vois surtout le refus d’une politique injuste, inefficace, dont le paquet fiscal – pardon de me répéter là-dessus depuis cet été, mais c’est pour moi le péché originel de ce mandat – est la traduction, et la condamnation d’un mensonge – celui du « Président du pouvoir d’achat », obligé de concéder en janvier qu’il ne peut rien faire et que les caisses sont vides, voire selon l’immortelle formule d’Eric Woerth, plus vides que vides.
Troisième sanction, celle de l’impasse stratégique dans laquelle s’est enfermée l’UMP, si solitaire et hégémonique qu’elle a rebuté ce qui reste des électeurs frontistes et radicalisé contre elle ceux du Modem. À cet égard, il ressort de ce deuxième tour un double démenti, à la stratégie de François Bayrou, totalement illisible et qui n’a pas convaincu les siens, et à la tentation d’une alliance globale et précipitée avec le Centre. L’ouverture, enfin, a frôlé la correctionnelle, avec la victoire arrachée de quelques voix à Mulhouse par un Jean-Marie Bockel atteint par son cynisme politique.
Que va-t-il se passer ? Nicolas Sarkozy, semble-t-il, s’apprête à une réaction… à la Jacques Chirac : ne rien faire, ou si peu, remanier son gouvernement et son équipe élyséenne à la marge, faire le gros dos, se taire davantage, et poursuivre les réformes… condamnées par les Français. À l’évidence, c’est une réponse « petit bras » : le message est si clair, la défaite si forte, qu’une réorientation de la politique économique et sociale – je pense au retrait des franchises médicales, si douloureusement vécues, à une action sur le SMIC ou les petites retraites – serait souhaitable.
Mais le pouvoir n’en fera qu’à sa tête : n’oublions pas qu’il ne s’agissait pas hier du troisième tour des présidentielles ou des législatives, que la gauche exerce un vaste pouvoir local mais n’est pas un contrepouvoir national, contrairement à ce que j’ai entendu ici ou là hier. C’est en fonction de ces données que le PS devra agir.
Mais le pouvoir n’en fera qu’à sa tête : n’oublions pas qu’il ne s’agissait pas hier du troisième tour des présidentielles ou des législatives, que la gauche exerce un vaste pouvoir local mais n’est pas un contrepouvoir national, contrairement à ce que j’ai entendu ici ou là hier. C’est en fonction de ces données que le PS devra agir.
Pierre MOSCOVICI
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