Pierre Moscovici : « Sarkozy n’est ni vraiment président, ni vraiment républicain »

Publié le par SD32

Le Liquidateur : une dissection implacable du sarkozisme par l'un des principaux dirigeants du PS, qui a la volonté de le rénover. Dans un récent entretien au quotidien La Provence, Pierre Moscovici s'en explique.

Vous écrivez que Nicolas Sarkozy «n’est pas tout à fait Président et pas tout à fait républicain». Ne cédez-vous pas à la sarkophobie ?

Nicolas Sarkozy est un chef politique doué qui excelle dans la conquête du pouvoir. Il a mené une campagne brillante pour l’élection présidentielle en rassemblant autour de lui une coalition très conservatrice et très à droite. Mais cela ne suffit pas à faire de lui un président de la République. Depuis son élection, il n’a pas su prendre la hauteur suffisante, il ne répond pas à l’idée que nos concitoyens se font d’un chef de l’État.

Il reste un homme en campagne permanente qui agit trop vite et souvent maladroitement. Il ne suit aucune ligne politique cernable. Il se contente de réponses catégorielles. Je considère qu’il est, pour l’instant, très en deçà de ses prédécesseurs à l’Élysée, qui, eux, incarnaient la République.

En quoi Nicolas Sarkozy est-il à vos yeux "une menace pour les libertés républicaines " ?

L’hyperprésidentiabilisation aboutit à ce qu’il n’y a plus de gouvernement. Et l’on voit apparaître sur le devant de la scène une espèce politique nouvelle formée des conseillers à l’Élysée. Or, en République, les conseillers sont faits pour prodiguer des conseils, pas pour parler. Le Parlement est méprisé. Je l’ai éprouvé en tant que président de la commission d’enquête sur l’affaire des infirmières bulgares, quand on m’a refusé d’entendre le témoin essentiel qu’était Cécilia Sarkozy.

Il y a ainsi aujourd’hui une concentration anormale et malsaine entre les mêmes mains. Et cela n’est pas républicain. Je suis très préoccupé des atteintes aux libertés. Ce pouvoir a fait adopter des lois dangereuses, comme celle sur l’immigration et celle qui crée une peine de sûreté à effet rétroactif. Il a créé une catégorie particulière de criminels qui seront jugés non pas pour ce qu’ils auront fait, mais pour ce qu’ils pourraient faire.

Ce président ne respecte pas les décisions du Conseil constitutionnel et s’assoit sur l’indépendance de la magistrature. Ce paysage n’est vraiment pas rassurant.

Le nouveau premier secrétaire du PS sera désigné le 13 novembre. Quelle est votre stratégie pour obtenir ce poste ?

Il nous faut suivre la chronologie adoptée en vue de notre congrès de Toulouse. D’ici là, je souhaite le rassemblement des socialistes qui, comme moi, sont attachés à une gauche moderne, ouverte et européenne.

Mais, en même temps une gauche qui soit clairement à gauche. Ceux qui pensent que la présidentialisation du PS serait une mauvaise chose doivent s’entendre pour proposer une offre politique complète. Il faudra déposer une contribution puis nous compter au congrès sur une motion. Le temps d’une candidature au poste de premier secrétaire viendra seulement après cela. J’ai dit que cela m’intéressait. Et si les circonstances s’y prêtent, je serai candidat.

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