Jean Christophe Cambadélis invite Bernard Kouchner à " rendre son tablier "
- Pourquoi la gauche, et notamment les socialistes, ont-ils décidé de déposer une motion de censure ?
- C'est pour nous le moyen le plus efficace pour marquer notre total désaccord, tant sur le fond que sur la forme, avec l'envoi de soldats français en renfort en Afghanistan. C'est une décision grave qui mérite un débat. Il s'agit en effet d'évaluer le rôle de l'OTAN en Afghanistan et de clarifier les objectifs exacts de la mission.
- C'est-à-dire... ? - Nous ne savons ni où seront positionnés nos soldats, ni quels sont les buts de l'envoi de ces renforts, ni quelles peuvent être les conséquences d'une telle opération. S'agit-il d'une nouvelle gesticulation, d'un signe d'amitié envoyé aux Américains ou d'un prépositionnement au regard de la situation au Pakistan ?
- Qu'insinuez-vous par là ?
- Ce pays voisin de l'Afghanistan est en voie de déstabilisation. Si la situation venait à dégénérer au Pakistan, on peut craindre que nos soldats soient contraints de s'engager et franchir la frontière qui sépare ces deux pays où l'influence des talibans est grandissante. En tout état de cause, l'initiative de Nicolas Sarkozy peut s'avérer coûteuse pour les intérêts de la France et la vie de nos soldats.
- Soyons clairs, la motion de censure qui sera défendue par François Hollande n'a aucune chance d'aboutir ?
- Nous aurions préféré que le Parlement ait plus de pouvoirs, c'est d'ailleurs pourquoi nous demandons une réforme de la Constitution. En attendant, nous voulons utiliser la tribune de l'Assemblée pour dire haut et fort que Nicolas Sarkozy ne combat pas les talibans mais cherche à soigner son image en satisfaisant aux exigences des Etats-Unis.
- Est-ce un hasard si dans le même temps Nicolas Sarkozy envisage une plus grande intégration de la France dans l'OTAN ?
- Ce n'est pas du tout un hasard. D'ailleurs, le président de la République avait dit au début de son mandat qu'il était disposé à prendre place dans une Alliance rénovée. A ce jour, on ne sait toujours pas ce qu'il a, ou pas, obtenu. En fait, Nicolas Sarkozy souhaite être le meilleur élève de la classe occidentale. Il rêve de devenir le Tony Blair des années à venir.
- Le président court-il un risque politique en engageant un peu plus la France en Afghanistan ?
- Je le crois. Pour s'en convaincre, il suffit de voir la situation au Canada où la population ne supporte plus de voir ses soldats tués. Cela provoque une telle crise que le gouvernement menace de se retirer. La situation politique est devenue intenable.
- Je le crois. Pour s'en convaincre, il suffit de voir la situation au Canada où la population ne supporte plus de voir ses soldats tués. Cela provoque une telle crise que le gouvernement menace de se retirer. La situation politique est devenue intenable.
- Comment, selon vous, aurait-on dû aborder la question afghane ?
- Avant de décider, sans le moindre débat, la moindre concertation, de l'envoi de renforts militaires, il aurait fallu se pencher sur la question du devenir de l'OTAN. A force d'élargir son champ géographique et ses missions, plus personne ne sait aujourd'hui quel est son rôle. En Afghanistan par exemple, s'agit-il de lutter contre les terroristes ou de contribuer à la création d'un Etat. C'est la confusion la plus totale. Cette situation conduit l'OTAN à être inefficace.
Il faudrait donc commencer par mettre à plat le fonctionnement de l'OTAN. Puis définir son rôle et ses missions dans chacun des 26 pays membres, puis au sein de l'Alliance elle-même. Avant l'examen de ces points, la France ne doit pas examiner sa participation. Sauf à prendre un risque d'engrenage.
Il faudrait donc commencer par mettre à plat le fonctionnement de l'OTAN. Puis définir son rôle et ses missions dans chacun des 26 pays membres, puis au sein de l'Alliance elle-même. Avant l'examen de ces points, la France ne doit pas examiner sa participation. Sauf à prendre un risque d'engrenage.
- La position de votre ex-camarade Kouchner vous embarrasse-t-elle ?
- Comme pour le Tibet, Bernard Kouchner est tenu à la solidarité gouvernementale. Mais je ne suis pas sûr qu'il partage les options guerrières du président Sarkozy. Du moins, je l'espère.
Aujourd'hui, il devrait constater que la coupe est pleine et, pour être fidèle à ses valeurs et à son histoire, tirer toutes les conséquences. En clair, je l'invite à démissionner du gouvernement, sans quoi son itinéraire n'aurait servi à rien.
Aujourd'hui, il devrait constater que la coupe est pleine et, pour être fidèle à ses valeurs et à son histoire, tirer toutes les conséquences. En clair, je l'invite à démissionner du gouvernement, sans quoi son itinéraire n'aurait servi à rien.
Propos recueillis par Laïd SAMMARI
Source L'Est Républicain
Source L'Est Républicain
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