Plaidoyer pour une politique agricole mondiale

Publié le par SD32

La crise alimentaire actuelle ravive de nombreuses questions sur la capacité de nourrir à moyen terme la population mondiale. Mais cette crise sanctionne d’abord les erreurs des trente dernières années en matière de politiques agricoles. Le monde peut nourrir l’humanité. C’est une question d’organisation et de modification des modèles agricoles et alimentaires, autour d’un nouveau paradigme : l’agroforesterie.

Après trente ans de baisse quasi continue des prix agricoles, le monde va-t-il connaître une période durable de cherté des aliments ? Au vu des difficultés que créent ces prix élevés pour les populations urbaines pauvres, les pouvoirs publics dans de nombreux pays s’inquiètent. C’est que l’émeute frumentaire est de tous les mouvements sociaux le plus redoutable car le plus désespéré et le plus insoluble.

Mais comment en est-on arrivé là ? Comment en sortir ?

La dangereuse politique de l’alimentation bon marché

Paradoxe : c’est le prix bas des denrées alimentaires pendant des décennies qui est la principale origine du problème. Ces prix bas, en ruinant les paysans, les ont poussés vers les villes où ils ont formé une « plèbe » : une population nombreuse mais économiquement précarisée, faiblement productive, survivant notamment grâce à des aliments à bas prix. Cercle vicieux particulièrement dangereux, dans lequel les autorités sont écartelées entre le souci de protéger leurs paysans, c’est-à-dire de favoriser des prix élevés, et le souci de nourrir la population urbaine, c’est-à-dire maintenir des prix bas.

Seule manière de concilier momentanément les deux : privilégier des produits agricoles d’exportation (coton, café, cacao) en espérant qu’ils seront plus rentables que les produits de base. Les ventes de ces produits permettent alors de payer les importations de produits alimentaires de base. Mais cette stratégie comporte des risques. Elle achève de rendre le pays dépendant des aléas du marché mondial puisque les paysans dédiés à une seule culture doivent eux-mêmes acheter ce qu’ils mangent. Si le cours du coton ou du cacao s’effondre, ou tout simplement si le cours du blé et du riz s’envole, la famine guette, plus seulement dans les villes, mais aussi dans les campagnes, voire plus souvent dans les campagnes que dans les villes, car la crainte de l’émeute urbaine conduit toujours les autorités à privilégier l’approvisionnement des villes sur l’approvisionnement des campagnes.

Si, durant les trente dernières années, les prix des denrées agricoles étaient restées élevés, ou au moins à des niveaux médians, l’urbanisation n’aurait pas été aussi rapide. Le développement en aurait été meilleur, comme l’attestent les politiques agricoles et de développement menées par l’Europe, le Japon, la Corée ou Taïwan depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale.

Le développement de ces pays est lié aux politiques agricoles qu’ils avaient mis en place. Tous ces pays protégèrent leur agriculture, en maintenant entre autres des prix élevés mais surtout stables en interne. Ces politiques de prix s’inscrivent dans un dispositif comprenant une politique de régulation du foncier – pour éviter la concentration des terres –, une politique de prêt aux producteurs pour faciliter l’investissement et éviter le surendettement et les pratiques usuraires.

Bien évidemment de telles politiques agricoles ne forment qu’un élément d’une politique de développement. Insuffisantes en elles-mêmes elles sont néanmoins indispensables. La vertu des prix agricoles élevés sur un développement harmonieux n’est pas une découverte du XXe siècle. Il était déjà bien identifié au XVIIIe siècle par les physiocrates. Quesnay écrit : « Telle est la valeur vénale, tel est le revenu : abondance et non-valeur n’est pas richesse. Disette et Cherté est misère. Abondance et cherté est opulence. »

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Publié dans Politique

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