Incorrigible politique !
Il est de bon ton, parait-il, dans la politique moderne d’exposer son « moi », ses blessures. J’observe cette dérive, je dois vous l’avouer, j’ai du mal à m’y faire. Disons le ce n’est ni ma culture, ni ma nature. Je distingue pour des raisons philosophiques, la sphère du politique de celle du privé. Si on confond les deux, alors la pipolisation n’est pas loin avec comme conséquence la dépolitisation et l’affaiblissement de la citoyenneté.
Les néo-conservateurs Américains ont poussé au bout cette logique en mettant la religion - domaine privé - au cœur de la décision publique. Mais voila, aujourd’hui la victimisation est le meilleur moyen de faire avancer ses pions. Ségolène Royal nous l’a démontré. D’autres ne s’en sont pas privés.
Ce qui est remarquable avec la victimisation, le « on a trahi, voir on m’a trahi » comme Ségolène Royal l’a fait au lendemain de la présidentielle, c’est qu’elle occulte toujours la propre démarche de la prétendue victime. Les gestes, les actes, les blessures que provoque la mise en mouvement de cette dernière sont de l’ordre du naturel puisqu’ils proviennent de sa « mission ». Par exemple Ségolène Royal ne fait, le jour de son investiture, aucun geste pour associer DSK ou Laurent Fabius. Elle les humilie en public mais ne se « gratte » pas pour leur reprocher, et à d’autres, de l’avoir trahi pendant la campagne.
Cette méthode est détestable car elle mélange tout, l’affect et la politique, elle brouille les repères et transforme l’adhésion à une personnalité en un lien de subordination qui exclut le rationnel.
Depuis un an, j’ai pu être passablement écoeuré par des initiatives de telle ou tel dans notre collectif. Voire des distances prises vis-à-vis de Dominique. J’ai toujours réagi politiquement. En séparant l’amitié, qui pour moi n’est pas à géométrie variable, du politique. L’affection va au delà de la politique car si la politique est dans la vie, mais ce n’est pas toute la vie. L’affect est refuge du « moi » et procède du « je » et la politique du « nous ».
Alors vous allez vous demander, mais qu’est ce qu’il lui arrive ?
Si je fais cette petite mise au point c’est pour répondre à cette avalanche de mails, de coups de fil me soutenant ou me reprochant de ne pas avoir répondu aux propos de Vincent Peillon sur les « malfaisants ».
D’abord je n’étais pas cité et ensuite comme je viens de le dire, je n’aime pas la victimisation. Non, ma réflexion fut qu’il y a dans la violence des propos, un peu de Vincent lui-même, et il s’agissait surtout d’empêcher ou tout du moins d’entacher ce que nous tentons de faire avec Martine et Pierre (oups ! ne rouvrons pas le débat).
Incorrigible politique !