Premiers enseignements du vote des militants
Les militants socialistes ont voté. Ils doivent être remerciés pour ce moment de démocratie peu commun dans l’univers partidaire Français. Qu’ont ils dit ?Il faut que cela change à gauche tout en restant crédible. A l’aune de cette exigence, la motion Bertrand Delanoë/François Hollande s’affaisse comme nous le pensions. Nous verrons plus loin pourquoi. Ségolène Royal ne fait pas un triomphe mais son relatif maintien apparaît comme un succès.
La gauche du parti retrouve son étiage mais elle a immédiatement éclaté.
Martine Aubry fait le score que nous espérions, seule la faible participation dans le Pas de Calais lui interdit d’être dans un mouchoir avec Ségolène Royal.
Le triptyque de la motion Aubry - nouvelle donne donc rénovation, le changement c’est le dépassement des querelles, une motion centrale à gauche - collait à l’état d’esprit du PS. Nous n’avons pu le mettre en mouvement que tardivement pour les raisons que l’on sait.
Il n’y a aucune raison pour la motion D de changer de cap. Il n’y aura de rassemblement utile et crédible que si il prend pour référence cette équation : renouveau, nouvelle gauche et éthique militante.
Personne ne peut imposer sa motion comme majorité. En ne plaçant aucune des motions à un niveau incontournable, les militants du PS ont notifié leur envie de ne pas présidentialiser le PS. La motion D est donc dans ces conditions en position centrale à gauche.
Ségolène Royal vient de déclarer qu’elle voulait discuter avec Martine Aubry. Bertrand Delanoë et François Hollande se rejettent la responsabilité mais appellent au rassemblement et la motion C est tiraillée entre Henri Emmanuelli qui « pense qu’il a le chemin pour s’opposer à Ségolène Royal », Benoît Hamon qui souhaite maintenir une candidature identitaire et Jean-Luc Mélenchon et Marc Dolez qui viennent de quitter le PS avec leurs troupes.
Transparence, calme et cohérence vont donc animer les responsables de la motion D qui étaient hier soir satisfaits et sereins d’avoir fait de leur motion une référence. Il n’y a pour nous aucune fragmentation mais une indication… incitation à la rénovation.
Analysons la contre performance de Bertrand Delanoë et François Hollande.
D’abord le rejet du vieux parti. Il est bien sûr incarné par François Hollande, mais on constate partout des anciennes équipes étrillées.
La crise financière libérale a pris de revers Bertrand Delanoë qui avait anticipé un positionnement « centre gauche » nécessaire à un futur présidentiable.
Le petit jeu « il n’y a rien entre Bertrand Delanoë et Benoît Hamon … » a crédibilisé la gauche et renforcé l’impression « libérale » du Maire de Paris.
La dérobade de Ségolène Royal qui a mis sa campagne au frigidaire, a fait tomber l’argument « Bertrand est le seul bouclier… ». Elle a permis à la Présidente de Poitou Charentes de faire prospérer sa motion sans être attaquée. D’autant que Delanoë concentrait de fait le fer contre Martine Aubry. La déclaration de Lionel Jospin à Toulouse « les amis de Bertrand Delanoë et ceux qui soutiennent Martine Aubry » peuvent travailler ensemble, a marqué le scepticisme de ce dernier, vis-à-vis de cette tactique.
Le style : « Nous avons besoin d’un chef » fut tout autant déphasé, les militants préférant « nous avons besoin de gauche, en tous cas d’idées ».
L’alliance avec François Hollande sensée tuer le match, a plutôt vitrifié les énergies. Et l’argument nécessaire à cette union « j’assume le passé », fut d’autant plus mal perçu que la déclaration de principes induisait un nouveau cour et que dans un congrès il y a toujours un désir d’inventaire.
Enfin l’ultime dramatisation autour de la peur d’un score serré, a achevé de convaincre les cadres du PS que la victoire de Delanoë n’allait pas de soi. Ils n’ont pas décidé de « mourir pour François » !
Voilà ce qui explique que le 1er secrétaire sortant et le Maire de Paris soutenus par les Présidents des groupes parlementaires, Assemblée Nationale, Sénat et Parlement Européen, n’ont pas fait entre 40 et 50%.
Maintenant à chacun de tirer les conséquences du score. Le congrès peut être un moment de rassemblement, nous le souhaitons. Que chacun prenne ses responsabilités. Nous sommes disponibles sans exclusive, mais avec un préalable, celui de répondre aux exigences des militants et le souci du collectif.
Jean Christophe Cambadélis