Pour Martine Aubry, "la défaite annoncée est du côté de l'UMP"
Martine Aubry, était l'invitée, dimanche 24 mai, de l'émission "Dimanche soir politique", organisée par i-Télé, France Inter et Le Monde.Dans les sondages, le PS est derrière l'UMP. Pourquoi cet écart ? L'argument du vote-sanction a t-il échoué ?
La seule leçon que l'on peut tirer de ces sondages, c'est que la défaite annoncée va vers le parti du président de la République. La liste UMP est la seule en France qui défende sa politique. Elle est créditée de 26 % à 28 % des voix. Un président qui a été élu avec 53 % il y a deux ans, et qui se retrouve soutenu par moins d'un tiers des Français, voilà la défaite annoncée !
L'UMP l'a bien compris. C'est pourquoi elle va recommencer cette semaine à faire peur aux Français avec la sécurité. A chaque fois que ça va mal, la droite nous refait le même coup, alors que là-dessus aussi, elle est en échec. Ce qu'il faut maintenant expliquer aux électeurs de gauche, c'est qu'avec cette élection proportionnelle à un tour, les listes qui font moins de 8 % à 10 % selon les régions n'auront aucun représentant. Ils doivent se retrouver sur un vote efficace pour pouvoir vraiment changer les choses.
Si le vote sanction est aussi fort que vous le dites, pourquoi le PS ne capitalise-t-il pas plus ?
Le PS, lorsqu'il est en bonne santé, réalise dans ce type d'élection autour de 20 % à 22 %. Je ne vous dis pas que ça me satisfait. Je souhaite que l'on fasse le plus possible parce que nous avons l'occasion, pour la première fois depuis longtemps, d'avoir une majorité au parlement européen.
J'ai mis toute mon énergie, depuis que je suis élue, pour que nous retrouvions notre place dans un parti socialiste européen qui propose un autre projet de société face à la société libérale. Il faut que le lendemain du 7 juin, Nicolas Sarkozy en France et la droite libérale en Europe, sachent qu'ils ne peuvent pas continuer comme avant.
Leurs textes sont prêts. En France, c'est le travail le dimanche, la privatisation de la Poste. Au niveau européen, c'est la déréglementation des services publics que prônent les amis de M. Sarkozy, le PPE, et les amis du MoDem.
Où situez vous aujourd'hui François Bayrou ?
J'ai lu encore ce matin qu'il disait se sentir le fils spirituel de mon père, Jacques Delors. Et bien s'il était le fils spirituel, il ne nous dirait pas "moi ! moi ! moi ! en 2012", mais "l'Europe ! l'Europe ! l'Europe !"
On attendait du mouvement de pensée qui est le sien un vrai discours sur l'Europe. Aujourd'hui, nous n'avons rien, peut-être parce que ses amis ont signé un manifeste à Stockholm, qui continue de prévoir la privatisation de la santé, de l'éducation, peut-être parce qu'il a voté tous ces textes au Parlement européen et qu'à force d'être en incohérence permanente, il ne sait plus très bien où il est.
Si le PS fait un mauvais score vous vous sentiriez menacée ?
Je ne suis pas au parti socialiste pour une ambition personnelle. Je suis là parce que je pense que ce parti a un destin collectif.
Quelle place allez-vous donner à Ségolène Royal ?
Mais celle qu'elle souhaite !
Nicolas Sarkozy veut poursuivre l'ouverture.
L'ouverture, c'est quand des hommes et des femmes rentrent pour faire une autre politique. Là, ceux qui rentrent font la politique plus libérale que les libéraux. Regardez M. Besson.
Vous mettez Bernard Kouchner dans le même sac ?
Bernard Kouchner était quelqu'un qui m'était proche et nous avons beaucoup travaillé ensemble. Je dois dire que je suis suffoquée qu'il ne soit pas parti déjà à deux ou trois reprises sur les problèmes des droits de l'homme ou de l'OTAN.
Source Le Monde