Jean Christophe Cambadélis : lettre à un militant qui n'en peut plus !

Publié le par SD32

Cher (e) camarade, Cher (e) ami (e),

J’imagine ta colère, ton amertume, ta tristesse, ton inquiétude pour la rentrée. Je te comprends. Non seulement le Parti socialiste a perdu les élections européennes, non seulement cette nouvelle défaite offre à Nicolas Sarkozy les moyens de parader mais encore la presse présente un PS déchiré, au moment où ses partenaires se divisent. Cette « campagne » laisse entrevoir une épouvantable année et des régionales calamiteuses. Tu t’interroges. Le PS ne connaîtrait-il que de tragiques répétitions ? Alors je voudrais m’adresser à toi, tenter de te redonner confiance.

Comment en sommes nous arrivés là ? Est-ce la fin du PS ? du socialisme ? Pourquoi sommes-nous si inaudibles ? Comment répondre aux interpellations publiques ? Tout le monde parle, mais personne ne répond.

Il me semblait nécessaire non de stigmatiser, ni d’ostraciser, encore moins brocarder mais simplement de rassurer, d’apporter une réponse politique qui puisse être facteur d’ordre, de progression.

Pourquoi en sommes-nous là ?

Abordant la campagne des élections européennes, je ne pensais pas que nous pouvions battre l’UMP. Je ne pensais pas pour autant, que nous serions à ce point dans les cordes, même si cela ne m’étonne pas, tant la défaite vient de loin. Tu t’interroges, comme beaucoup, sur les raisons pour lesquelles la sociale démocratie européenne ne profite pas de la crise totale du capitalisme financier.

La raison en est simple. Elle est la clé de tout. Nous sommes désormais perçus comme un élément du « système ». Selon le juste mot d’Edgar Morin, « la réduction du socialisme au gestionnarisme a sapé les fondements de l’espérance » et le vote utile dû aux remords de 2002 a perdu de sa pertinence auprès de nos concitoyens.

Parti de gouvernement, nous sommes venus au pouvoir après les années Thatcher- Reagan pour protéger. Dans notre vocabulaire un peu abscons, on appelait cela une action défensive.

Quand on y pense, l’heureuse formule de Lionel Jospin, « nous sommes pour une économie de marché mais nous sommes aussi contre la société de marché » résumait notre action. Il s’agissait de limiter la casse, de sanctuariser l’essentiel.

Depuis les années 80, les différents gouvernements de gauche en France, mais aussi en Europe ont été tentés soit de s’adapter, soit de limiter les effets de la vague libérale. Ils ont exercé ce que nous appelions une tension critique avec le libéralisme. Et même lorsqu’ils ont imposé des ruptures, à contre cycle, comme les emplois jeunes ou les 35 heures, les gouvernements de gauche n’en ont pas été crédités, tant la vague libérale submergeait tout, balayait tous les acquis des trente glorieuses.

Telle est la raison la base du « pareil au même ». Le PS est estimé, dans les sondages, incapable de faire mieux que la droite.

Au moment où nous avions les conditions de l’offensive après le krach de décembre 2008, nous n’avions plus de dynamique. Le modèle social démocrate, devenu social libéral, s’était évanoui. Le nouveau modèle était empirique, sans force, sans certitudes, incapable de rassurer, d’entraîner les peuples d’Europe. Il faut maintenant opérer une rupture claire avec les années libérales du socialisme européen. Ceci est d’autant plus facile que ce ne fut pas la thèse officielle du PS français. En revanche, il ne s’agit pas de revenir au socialisme des années 70, conçu dans les années 60. Il s’agit de faire autre chose, autrement. Il s’agit de penser la nouvelle gauche. Nous ne pouvons construire la confiance, tout en maintenant nos pas dans le vieux socialisme libéral. Il ne conduit qu’à la défaite. Il s’est trouvé, par exemple, lors des élections européennes, encore des socialistes sur le continent pour estimer qu’il fallait garder la figure emblématique des années libérales de Bush, M. Barroso à la tête de la Commission européenne. Ils ruinaient notre union et indiquaient ainsi spectaculairement les convergences droite-gauche qui étaient déjà le préjugé populaire et médiatique le plus répandu.

 

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Publié dans Parti Socialiste

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