L'équité sociale, priorité de l'électorat ouvrier

Publié le par SD32

fjj_bandeau.jpgRéhabilitation de la valeur travail, mise en exergue de "l'identité nationale" et de la lutte contre l'insécurité. De ce triptyque qui, en 2007, avait permis à Nicolas Sarkozy d'attirer à lui une partie du vote ouvrier, que reste-t-il ? Plus grand-chose, assure la Fondation Jean-Jaurès. Proche du Parti socialiste, ce laboratoire d'idées va publier mercredi 9 décembre une étude réalisée à sa demande par l'IFOP et dont les conclusions font apparaître que "l'équation du vote ouvrier" s'est sensiblement modifiée lors de la dernière période. Pour Jérôme Fourquet, directeur adjoint du département opinion de l'IFOP "c'est d'abord sur l'équité fiscale et la juste répartition des richesses que devraient aujourd'hui se déterminer électoralement les catégories populaires".

 

A partir de l'analyse de multiples sondages réalisés par l'institut, l'auteur de l'étude constate que "si les aspirations à davantage de sécurité n'ont pas disparu, elles ne constituent pas la clé d'accès principale au vote ouvrier, pas plus d'ailleurs que le débat sur l'identité nationale". Alors qu'en 2007, rappelle M. Fourquet, les études d'opinion incitaient à "nuancer fortement l'image d'un monde ouvrier vent debout contre le système libéral", la crise a semble-t-il "rebattu les cartes". Il évoque en particulier "le niveau de soutien aux séquestrations de dirigeants d'entreprises" par des salariés touchés par des plans sociaux qui n'a jamais fléchi parmi cette catégorie de Français. "Tout se passe comme si une partie importante de cette population avait accepté les règles d'un jeu qu'on lui imposait en consentant d'importants sacrifices et qu'elle se sente du coup profondément flouée à l'annonce (...) des fermetures de sites", résume Jérôme Fourquet. La prégnance des questions sociales, associée à la crainte de la mondialisation, s'exprimerait également à travers une nette hostilité aux hausses d'impôts et, singulièrement, à la création d'une taxe carbone.


"Nous assistons au retour du primat de l'économique sur le sociétal. En clair, cela signifie que l'un des principaux ressorts de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007 ne fonctionne plus ", constate Gilles Finchelstein, directeur général de la Fondation Jean-Jaurès. Pour autant, ce proche de Dominique Strauss-Kahn, ne croit guère à "un effacement de la question de l'immigration". Sur ce dernier point, Pascal Perrineau, directeur du Cevipof, le centre de recherche politique de Sciences Po, reste lui aussi circonspect. "Même s'il ne faut pas l'exagérer, la question de l'immigration continue de représenter un abcès de fixation", souligne le politologue, qui rappelle que "15 % des ouvriers qui ont voté aux dernières élections européennes ont apporté leur suffrage au Front national".


Dans le document qu'il a rédigé, Jérôme Fourquet apporte, sur ce point, une précision importante en parlant de "fracture générationnelle". Il relève que "sur une question comme celle du droit de vote des étrangers, les jeunes ouvriers ont des positions identiques à celles de l'ensemble des Français". A contrario, leurs aînés semblent franchement plus réticents. Son enquête met aussi en évidence un net clivage géographique "entre, schématiquement, les ouvriers de la moitié est du pays, plus adeptes d'une société fermée, autoritaire et leurs homologues de l'ouest, moins focalisés sur les questions d'insécurité et d'immigration".


Coauteur de l'étude intitulée "Le Descenseur social" (Plon-Fondatin Jean-Jaurès) consacrée aux milieux populaires, Philippe Guibert partage l'idée que "pour des raisons essentiellement générationnelles, la question de l'immigration est devenue moins sensible". En revanche, il souligne qu'en matière d'insécurité, les catégories modestes "sont en première ligne". "L'opinion se construit sur de grands événements. Ce qui domine actuellement, c'est la crise. Demain, il en irait sans doute très différemment si de nouvelles émeutes éclataient dans les banlieues", fait-il valoir.


Dominique Reynié, directeur général de la Fondation pour l'innovation politique (FIP), confirme l'impact croissant de la crise sur une catégorie "qui, à tort ou à raison, se sent poussée hors de l'Histoire par la globalisation". Lui aussi doute que les débats sur l'immigration et l'insécurité aient réellement perdu de leur caractère central. "Depuis 2007, ces deux thèmes sont devenus légitimes : ils se sont, d'une certaine manière banalisés", estime le dirigeant de ce cercle de réflexion d'inspiration libérale et proche de la droite. "Pour cette raison, il faut considérer que le vote Front national est loin de s'être définitivement affaissé", ajoute Dominique Reynié, qui sent par ailleurs "monter l'inquiétude de l'opinion à propos de la dette et de ses répercussions" sur le fonctionnement de l'Etat-providence.


A la Fondation Jean-Jaurès, on se félicite d'avoir lancé un tel débat. Celui-ci se prolongera dans les prochains mois avec une étude qui, sur le même thème, s'intéressera cette fois à l'ensemble des salariés du secteur privé.

 

Source Le Monde

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