La sécurisation des trajectoires professionnelles

Publié le par SD32

ouvriers.jpgDans un contexte de  crise, de  débat sur la flexibilisation  du travail  et  sur  ce  que  l’on  nomme  la « flexicurité  » ( une flexibilisation qui garantit néanmoins une certaine sécurité) , la sécurisation des trajectoires professionnelles ouvre de nouvelles voies. 
Elle conduit à un changement de paradigme reposant sur une  vision  dynamique des  carrières  professionnelles et  familiales qui offre  des  pistes  de  réforme du marché du travail.


La sécurisation des trajectoires professionnelles apparaît, aujourd’hui, sous deux versions différentes et complémentaires dans les débats collectifs et dans les pratiques de politique économique et sociale.

D’une part et d’abord, c’est un champ d’intervention cristallisant une série de défis et de droits se répondant terme à terme : à l’exclusion répondent les parcours d’insertion, à la précarité répond la « transférabilité » des garanties et des compétences, à la conciliation travail / famille répondent les dispositifs de congés et de modulation des horaires, etc. Les droits qui émergent ici viennent compléter les droits sociaux traditionnels et sont le plus souvent des droits optionnels : des « droits à… » et séquentiels, évoluant selon les étapes de la vie. Ils s’appuient sur une tendance forte observée dans l’organisation de la vie sociale depuis les années 1980, celle de la « déstandardisation des parcours » (Guillemard, 2008). Il s’agit de la fin de la tripartition formation initiale / exercice professionnel / retraite, sous sa forme de séquences exclusives et clairement délimitées.

La formation se pratique désormais « tout au long de la vie », les premières expériences professionnelles sont susceptibles d’avoir lieu pendant les études et le passage à la retraite peut être progressif, après un parcours marqué par divers congés et bifurcations. Cette « déstandardisation » suppose à la fois l’expression de choix personnels et familiaux en faveur de tel ou tel type de carrière ou d’engagement professionnel, et le déplacement des contrôles sociaux vers les contraintes et les incitations encadrant ces choix. L’exemple des retraites est ici caractéristique : aux changements de l’âge légal de la retraite (modulés par les pouvoirs publics) répondent une batterie d’options et de priorités nouvelles cherchant à « activer » les « seniors », par exemple en développant la formation continue au-delà de 45 ans.  La question centrale est celle de la justice et de la cohérence des multiples interventions et intervenants dans ce champ, notamment en matière d’égalité entre femmes et hommes.

D’autre part et ensuite, se centrer sur la sécurisation des trajectoires professionnelles revient à proposer un change- ment de paradigme dans la conception des politiques sociales, passant d’une vision statique de l’emploi à une vision dynamique des carrières. La question centrale est alors celle de la portée de ce changement de paradigme. S’agit-il de l’habillage d’une impuissance, celle des acteurs politiques et de la société à combattre le chômage, la précarité, et à générer suffisamment d’emplois stables ? Ou bien le passage de la sécurité sur le poste de travail à celle de l’emploi, voire du marché du travail, manifeste-t-il l’émergence d’un nouveau type de contrôle collectif sur les conditions de vie des femmes et des hommes au XXIe siècle ? On rencontre alors le terme controversé de « flexicurité ». Cette seconde question prend un tour plus aigu encore dans la crise mondiale qui est devenue ouverte à l’automne 2008.



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Source Fondation Jean Jaurès
Bernard Gazier – économiste
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