Université d'été : bilan électoral de la gauche

Contrairement aux précédentes élections, cette élection n’a pas été dominée par un thème dominant. Les Français ont davantage choisi une personne pour ses capacités à résoudre leurs problèmes. Parce qu’ils ne savent plus vraiment qui ils sont dans un monde et une Europe en mutation, Il ont également privilégié la question de l’identité nationale.
À la différence de 2007, les dernières élections se sont jouées sur la dialectique entre la communion nationale et la dispute sociale, ce qui permet aux électeurs de se projeter dans une instance qui les dépasse, ce qui est logique dans un pays où l’État s’est fait avant la Nation.
Ces dernières années, certains « pilotes automatiques » ont permis d’éviter d’avoir à résoudre cette question : ainsi, la gauche l’a contournée par le biais du progrès qui permet de redistribuer les richesses crées. Or, ce dernier est en crise car les individus ont enfin pris conscience de la dualité de la mondialisation : ils risquent de perdrent en temps que travailleur ce qu’ils gagnent en temps que consommateur.Par ailleurs, l’idée de progrès est en crise depuis le début des années 80 dans l’électorat de droite qui ne vit plus le Marché comme une instance providentielle construisant un pont entre la responsabilité et la projection dans l’avenir.
L’Europe, troisième « pilote automatique » est également en crise : l’Europe des 27 n’est pas vécue comme le prolongement de l’Europe des 15 et encore moins comme celui de la France. Elle n’a manifestement pas de contenu aux yeux de ceux qui craignent pour leur avenir social, qui ne comprennent pas les élargissements sans approfondissement initial.
Puisque tous les pilotes sont en panne, le pays se retrouve dans les personnalités qui ont en commun de refuser la contrainte extérieure, ce qui valorise la reprise en main du destin national. C’est pour cela que N.Sarkozy a conquis UMP, que S.Royal émerge dans l’opinion et que F.Bayrou perce, car il porte lui aussi cette cohérence.
La présidentielle a commencé lors du débat européen qui a vu une « renationalisation » du souhaitable,. À partir de ce moment, nos concitoyens s’emparent de sujets politiques de fond, délaissant les sujets classiques. Ils attendent des candidat(e)s avant tout du volontarisme et de l’imaginaire politique d’abord, auquel il faut ensuite acculer des propositions concrètes. Cette élection sanctifie le primat du spirituel sur le temporel, ce qui explique succès S.Royal lors de la désignation au sein du PS.
La seconde grande leçon de cette élection, c’est que la France penche majoritairement à gauche sur le souhaitable et à droite sur le possible. Pour l’emporter, il fallait être candidat de la résolution des problèmes.
Toutes les familles de la gauche ont été touchés par faiblesse des scores réalisés en avril/mai 2007. Ils sont en crise, car l’imaginaire présidentiel préempte la question sociale,
Face à la difficulté de l’exercice du pouvoir, la gauche a usuellement trois réponses : celle de la première gauche (qui colle aux demandes de son électorat populaire, au risque de passer pour irréaliste), celle de la seconde gauche (sérieuse, au risque de passer pour une simple gestionnaire) et celle de l’extrême gauche (qui craint la trahison, au risque de ne rien faire). S.Royal a su s’imposer au Parti Socialiste car, plus que ses concurrents, elle a affirmé vouloir le pouvoir. Elle avait quatrième réponse : la démocratie participative, qui construit du consensus et fait intérioriser par chaque individu la contradiction entre le souhaitable et le possible. Son rapport à la gauche est en ce sens plus culturel que doctrinal.
La grande spécificité de l’élection présidentielle de 2007, c’est le choix des électeurs de juger les candidats sur la cohérence entre leur personne (grille verticale), les valeurs qu’il porte et le projet présidentiel. Ils ne cherchaient pas une campagne horizontale, c’est-à-dire une campagne gauche/droite, ce qui a été bien mal compris par les milieux parisiens.
Chaque tour fut dédié à un temps précis : la résolution des problèmes pour le premier tour, l’incarnation pour le second tour. Les études ont permis de suivre ce cheminement : S.Royal est en tête pour ses raisons jusqu’à Villepinte. Son score dépendait de la capacité du PS à se mettre à son service. Par contre, le « catalogue » de mesure annoncé à Villepinte n’est pas perçu comme uniforme : elle chute en conséquence. Ses déclarations sur son « autonomie sur TF1 lui permettent de remonter. Son choix de procéder à une fin de campagne « anti-Sarkozy » lui sera fatale. Les Français attendaient qu’elle dise qui elle est et non pas pourquoi il ne faut choisir l’autre.
Cette présidentielle représente la fin d’un cycle. La gauche ne peut plus proposer un compromis basé sur la recherche de la prospérité pour pacifier les relations sociales. Elle n’a pas su travailler pour trouver les outils et transformer le souhaitable en possible.
Les élections législatives sont aussi riches d’enseignements. Le « correctif » opéré entre les deux tours renseigne sur la nature du Sarkozysme. Les Français ont perçu comme une forte contradiction entre la proposition de hausse de TVA de 5 points et ce qu’ils pensaient avoir compris du programme de N.Sarkozy.
Les votes furent également déterminés par des facteurs sociaux culturels (âge, niveau de diplôme, …). S.Royal est perçue comme la représentante des gens à statuts et des précaires, à la différence de N.Sarkozy qui passe pour celui de « la France du travail (patrons ou ouvriers du privé qui attendent la posture et le geste bonapartiste de la responsabilité).