Hillary Clinton se veut la candidate de la classe moyenne américaine
Ceux qui se demandent pourquoi Hillary Clinton a vingt points d'avance dans les sondages sur ses rivaux à l'investiture démocrate pour l'élection présidentielle de 2008 ont à chaque débat télévisé un élément de réponse. Seule femme contre sept hommes, elle tient tête.Exemple : un forum des présidentiables, il y a quelques semaines à Chicago. Mme Clinton est attaquée sur ses liens avec les lobbies. "Il y a une chose dont vous pouvez être sûr, lance John Edwards, l'ancien colistier du candidat John Kerry en 2004, c'est que vous ne me verrez jamais en couverture de Fortune Magazine." Le magazine a fait une couverture sur Mme Clinton, la candidate "sur laquelle parient les patrons".
La sénatrice encaisse. "Je ne suis pas ici pour me lancer dans des bagarres entre démocrates", dit-elle. "Et je vais vous dire, ajoute-t-elle, agacée, pendant quinze ans, j'ai tenu tête à la machine de la droite. J'en suis sortie plus forte. Alors, si vous voulez quelqu'un qui gagne et qui sait comment l'affronter, je suis la fille qu'il vous faut." L'expression ("I am your girl") fait mouche. Devant un électorat prêt à la bagarre, Mme Clinton signale qu'elle a le punch nécessaire pour affronter le candidat républicain quel qu'il soit...
"I'm your girl" ou, comme on le dirait en français : "Je suis votre homme." D'une phrase, Hillary Clinton a résumé sa campagne. Accusée d'être froide et ambitieuse, elle essaie de faire passer une image de proximité. Hillary ou l'Amérique moyenne, une enfant du Mid-west (elle a grandi dans la banlieue de Chicago). Début octobre, la candidate a arpenté l'Iowa dans un bus appelé " l'express de la classe moyenne".
Dès qu'elle entre en scène, elle se positionne : "Je suis née dans une famille de la classe moyenne, au milieu de l'Amérique, au milieu du siècle dernier"... Carriériste Hillary ? Elle parle longuement de sa mère, qui a dû se débrouiller seule, à l'âge de 13 ans. Elle propose un système d'école maternelle pour tous les enfants, un congé parental payé d'ici à 2016...
En huit mois, Mme Clinton s'est installée en tête de la course. D'abord, elle a joué sur l'image. Une partie de l'électorat la juge calculatrice ? La voilà sans le moindre apprêt, invariablement vêtue d'un ensemble pantalon asexué.
Polarisante ? On ne la voit plus que dans des couleurs passe-partout, sauf pendant les débats, où elle prend soin de souligner la différence avec les sombres costumes-cravates masculins. Sa "réinvention" est l'oeuvre de Mandy Grunwald, la réalisatrice du film The Man from Hope, qui a "fait" Bill Clinton en 1992.
L'un de ses handicaps était le vote du 11 octobre 2002 donnant carte blanche à George Bush pour déclencher l'invasion de l'Irak. Elle plaidait que le "soutien international et la légitimité sont cruciaux". Mais elle indiquait "croire le président sur parole quand il affirme qu'il va essayer de passer une résolution à l'ONU et éviter la guerre". Ce que son principal rival Barack Obama a beau jeu de dénoncer comme un "manque de jugement".
Contre toute attente, ce qui devait être une source de polémique, d'autant qu'elle a refusé de dire qu'elle avait fait une erreur, a fait long feu. Il est vrai qu'à l'époque 49 % des démocrates étaient d'accord avec Mme Clinton. Aujourd'hui, selon un sondage du Washington Post, 52 % la placent en tête des candidats à qui ils font confiance sur l'Irak, contre 22 % pour Barack Obama, alors que celui-ci a fait de sa position antiguerre précoce son principal argument.
Mme Clinton, surtout, semble se trouver en adéquation avec la société actuelle. Si John Edwards a fait le pari de baser sa candidature sur la lutte contre la pauvreté, si Barack Obama insiste sur la politique étrangère, au risque de négliger son message de justice sociale, Hillary s'est positionnée, elle le répète, comme la candidate de la classe moyenne. Et la classe moyenne, qui compte nombre d'indépendants, est au coeur de l'élection 2008.
Après l'Irak, le deuxième thème de préoccupation des électeurs est désormais la protection sociale. Cela ne pouvait mieux tomber pour "Hillary", dont c'est le sujet de prédilection. Son échec à réformer le système alors qu'elle était first lady ("première dame "") est devenu un atout. Le signe aussi qu'elle n'est pas la prisonnière des puissances d'argent que ses adversaires décrivent.
En 1994, son plan de couverture universelle a échoué après une campagne furieuse des lobbies de l'assurance et des républicains. Cette fois, elle a pris soin d'adoucir son projet. La liberté de choix sera garantie pour que les Américains qui sont satisfaits de leur système d'assurance le conservent. "J'ai appris", dit-elle. Mme Clinton a mûri. Elle aura 60 ans le 26 octobre.
A environ cent jours des primaires, tout peut encore arriver : Mme Clinton suscite toujours une forte hostilité (près de 40 % d'opinions négatives chez les hommes). Pour l'élection générale, les sondages lui donnent des marges variant de 2 à 8 points d'avance sur Rudolf Giuliani, le mieux placé des républicains. Pour convaincre qu'elle peut l'emporter en novembre 2008, sa campagne affirme que la candidature d'une femme mobilisera davantage les électrices.
Selon un sondage interne à l'équipe, 94 % des Américaines de moins de 35 ans déclarent être plus enclines à voter si l'un des candidats est une femme. Or les femmes forment déjà la majorité du corps électoral (54 %).
Source AFP Le Monde