La nature du capitalisme financier
La révolution de l’immatériel a donné un avantage décisif au capitalisme financier. Il lui est possible de trouver du superprofit dans un espace infime de spéculations.Les mathématiques, les probabilités et l’informatique ont étendu le domaine de la rentabilité du capital. Ce capitalisme fictif a pris le pouvoir au tournant des années 80 avec son retour sur placements hors norme. Il provoque, comme nous l’avons dit, la semaine dernière des bulles spéculatives, qui explosent avec le même manque d’évidence, que les raisons pour lesquelles elles se sont créées.
Le capitalisme industriel exploitait, mutilait, aliénait mais se parait d’une éthique… « produire de la valeur ». Le capitalisme financier lui s’est émancipé de toute éthique puisque son moteur est le profit sur l’anticipation du profit.
Economie virtuelle produisant une masse de capitaux fictifs flottant et souverains qui, combinés à ceux acquis par la rente énergétique, cherche à investir là où la rentabilité est optimale. Sans être un prévisionniste patenté, on peut prévoir l’instabilité par l’accélération du rythme de changement de propriété.
Et sans sombrer dans le catastrophisme, on peut aisément comprendre que les capitaux fictifs vont finir par être eux-mêmes une bulle qui éclatera. En attendant les répercussions sont redoutables, sur les salaires, sur le pouvoir d’achat et la production tout court.
Ce capitalisme c’est d’abord la pression en Europe occidentale sur les salaires. Voilà qui ne nous éloigne pas trop du Marx de « salaires/prix/profits ». Car on rétribue plutôt les actionnaires que les salariés, les sidérurgistes de Gandrange en savent quelque chose. Mais un effet de ciseaux est aussi à l’œuvre. Lorsqu’on sait que les délocalisations ont pour raison, à peine cachée, la masse salariale, l’avenir du salarié dans ces conditions est le « précariat ».
Le précariat avec son cortège d’exclusions temporaires, de carrières en dents de scie, exige de l’Etat qu’il change radicalement de stratégie. Il ne s’agit plus de réparer, de déverser des milliards d’argent public, même si cela peut protéger l’espace d’un moment.
DSK avait proposé en son temps des nationalisations temporaires. Mais il s’agit de construire un état préventif dans tous les domaines, appuyé tout à la fois sur la puissance publique, nationale et locale.
Il n’y a pas de plus grande urgence pour la gauche que de promouvoir une politique publique de sécurisation des parcours professionnels. Nous y reviendrons.
Jean Christophe Cambadélis
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