Hillary Clinton fait bonne figure devant les succès de Barack Obama
Si la campagne de Hillary Clinton est en difficulté, il n'y paraît pas. En ce dimanche 11 février glacial, une file d'attente de plusieurs centaines de mètres s'étire devant l'école Grace-E.-Metz de Manassas, dans la grande banlieue de Washington.Surprise : il y a beaucoup d'hommes. Des jeunes couples. Pas seulement la clientèle "ménagère de plus de 50 ans" et électeurs latinos qui est censée constituer le fonds de commerce de l'ancienne First Lady pour l'élection présidentielle.
Les supporteurs n'ont pas l'air particulièrement inquiets par les mauvais scores des primaires et caucus du week-end. "Les jeunes et tous ceux qui étaient écœurés et qui ne votaient plus sont pour Obama, résume Robert Sanders, un ingénieur électronicien. Les gens qui s'intéressent au fonctionnement du gouvernement sont pour Clinton. Elle entre beaucoup plus dans les détails, et, avec elle, les détails remontent des années en arrière." La candidate délivre son discours habituel. Dans cette région lourdement touchée par la crise de l'immobilier, elle promet un gel des taux d'intérêt et un moratoire de 90 jours sur les saisies.
Elle insiste sur son plan d'assurance-santé universelle. C'est l'un des principaux sujets de débat entre les deux candidats. Mme Clinton en a fait une question de principe : la couverture médicale doit être rendue obligatoire, sinon tous les Américains ne s'assureront pas. M. Obama, qui ne veut pas s'aliéner les républicains, hostiles à toute mesure contraignante, préfère en rester au volontariat et travailler à baisser les prix pour rendre les assurances accessibles. Selon Mme Clinton, son rival laisse 15 millions d'Américains sans couverture. Pourquoi ne pas essayer de les inclure ? "Nous le pouvons", ajoute-t-elle en se moquant du slogan de son adversaire.
Dans son tailleur jaune, Mme Clinton ne montre rien. Mais quelques heures plus tard, elle annonce avoir remanié son état-major. Sa fidèle directrice de campagne, Pattis Solis Doyle, est remplacée par une autre aide de longue date, Maggie Williams. Plus qu'un changement de cap, ce remaniement semble être une tentative pour faire diversion après un week-end de mauvaises nouvelles.
En l'espace de trois jours, Barack Obama a tout gagné. Les caucus du Nebraska, du Maine, de l'Etat de Washington, et les primaires en Louisiane (et même un Grammy Awards pour l'enregistrement de son livre L'Audace d'espérer). Ces succès étaient généralement prévus. M. Obama dispose d'un ensemble de bénévoles enthousiastes qui ont mis au point, depuis l'Iowa, un système de mobilisation qui assure une large participation aux caucus. Moins attendu, l'écart qu'il a creusé sur Mme Clinton : 20 points dans le Maine, 40 dans le Nebraska. "Nous avons gagné sur la côte atlantique, nous avons gagné sur la côte pacifique et entre les deux", a exulté, dimanche, M. Obama, dans l'un de ses meetings de "rock star" (18 000 personnes à Virginia Beach).
Selon le décompte de l'agence Associated Press, Mme Clinton garde une minuscule avance en termes de délégués : 1 136 contre 1 108. Il en faut 2 025 pour emporter la nomination. Ce score est acquis grâce aux super-délégués : 243 pour Mme Clinton, 156 pour M. Obama.
Près de la moitié de ces 796 grands électeurs, désignés par le parti n'a pas encore pris position. M. Obama a estimé que ces personnalités devaient respecter le choix de la base et se contenter de le confirmer.
Mme Clinton a répondu que les règles du parti donnaient toute liberté aux super-délégués pour faire leur choix. En tout état de cause, elle sera "ravie d'avoir le soutien" de John Kerry et Ted Kennedy. Les deux sénateurs du Massachusetts appuient M. Obama, mais se verraient obligés de voter pour elle puisqu'elle a remporté la majorité dans cet Etat.
La sénatrice de New York devait connaître une nouvelle journée difficile, mardi, avec les primaires du Potomac (Virginie, Maryland, District of Columbia). Dès mardi, elle avait prévu de se rendre au Texas, l'un de ses derniers atouts face à son rival.