La tour d’ivoirisation
Au départ, on pouvait croire que Sarkozy rompait avec l’autisme dont Jacques Chirac a fait preuve pendant son deuxième mandat en particulier, en utilisant les recettes de Claude Pilhan sur la « rareté de la parole présidentielle », qui confinait à un isolement total dans la forteresse élyséenne tandis que la pays grondait.Aujourd’hui, c’est en définitive du Chirac, en pire. Comme durant l’époque chiraquienne, l’Elysée est un bunker duquel tout sort (voir les déclarations quotidiennes des porte-paroles et autres conseillers) mais au sein duquel rien ne rentre. Contrairement à Chirac, il intervient sur tout, surréagit en permanence, court après le fait divers, fait des déclarations à l’emporte-pièce immédiatement démenties par les faits.
Sarkozy, c'est l'indécision et la démogagie de Chirac, l'ostentation et l'amateurisme en plus.
Sarkozy s’est aujourd'hui totalement enfermé dans une bulle, persuadé que son action est soutenue, que ce sont ses réformes (lesquelles ?) qui ont créé une très forte impopularité qu’il juge temporaire. Il balaie d’un revers la main toute critique sur son comportement, sa désinvolture, son incapacité à incarner la fonction présidentielle, ce que Chirac, bon gré mal gré, avait toutefois réussi à faire.
Entouré d’une cour qui lui doit tout, qui est habituée aux pratiques claniques depuis leurs premiers amours dans les Hauts-de-Seine, personne n’ose lui dire ce qui est en train de se passer. Malgré de sérieux remous, mais municipales obligent, la majorité fait encore front pour le moment. Toutefois, comme le promet déjà Claude Goasguen, à qui on ne peut pas vraiment faire des procès de lèse-sarkozysme, ça risque de « chambarder » pas mal après les municipales.
Et comme le niveau de chambardement sera proportionnel au niveau de la défaite, Sarkozy en pur chiraquien aux abois, nous refait le coup de la bonne soupe électoraliste. Une obole de 200€ par ci pour les retraités (parmi les premiers déçus du sarkozysme), un Carambar par là en plus par mois pour les fonctionnaires (le ridicule 0,5% d’augmentation du point d’indice), le retour des OGM pour les furax déjà dépendants des semences de Monsanto, la promesse de l’augmentation des pensions, le retrait en quelques jours (c’est la rue qui gouverne ?) d’une mesure pourtant nécessaire du rapport Attali… Bref tout y passe, n’en jetez plus. Les caisses de l’Etat sont vides, « archi-vides » même, comme le dirait le sémillant Ministre du Budget (qui mérite un bon zéro pointé), mais il faut tout de même penser à d’autres caisses… celles de l’UMP !
Cette précipitation dans la distribution de petits cadeaux dont certains pourtant nécessaires en deviennent honteux tellement ils sont déconnectés de toute politique globale cohérente. Les Français ne doivent pas (ou plus) s’y tromper. Il y a 8 mois, ils ont fait confiance dans leur majorité, certains sans doute en toute bonne foi, à un homme qui leur promettait ce qu’il n’a jamais été capable de faire : « changer » aussi bien lui-même, son comportement (politique évidemment) que le pays qu’il dirige.
Les douze années de Chirac, par les faux espoirs qu’il a suscités en 1995 et les blocages qu’il a imposés au gouvernement Jospin entre 1997 et 2002, par son calamiteux deuxième mandat (qu’il partage largement avec Sarkozy) ont contribué à déclasser la France au niveau international.
Les cinq ans de Sarkozy, ce « coup d’éclat permanent » (belle formule de François Hollande) s’annoncent désormais sérieusement et malheureusement comme largement pire. Si nous avions dit une chose de plus juste durant la campagne, c’était que l’élection de Sarkozy était « dangereuse ». Dangereuse parce qu’après les cinq dernières années de chiraquisme notamment, les Français avaient soif de politique et l’ont démontré en mai 2007 en participant à plus de 85% au scrutin présidentiel.
Cette illusion de volontarisme « politique », relayée complaisamment par les media s’est transformée en volonté égocratique. Afin que les Français croient à nouveau en l’action politique, répondant à des critères simples de lisibilité et de cohérence, le Parti Socialiste, seule force d’alternance, a plus que jamais besoin de se rénover pour dire dès mars 2008 que nous allons résister sur le plan local et démontrer que d’autres politiques sont possibles.
A nous aussi de faire comprendre aux Français que 10 ans (voire 17…) en 2012, ça suffira, largement.
Source Section socialiste de Sciences-Po
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