« Il a été élu pour agir et non pour son plaisir »

Publié le par SD32

undefinedSocialisme & Démocratie 32 reproduit ici l'interview accordée par Pierre Moscovici au Parisien

Les sondages annoncent une large défaite de la droite aux municipales. Qu'en pensez-vous ?

Pierre Moscovici. Il n'y a évidemment pas de fumée sans feu : Nicolas Sarkozy et son gouvernement sont impopulaires. Les raisons d'un vote sanction, qui pourrait se produire, existent. Il y a d'abord la trahison d'une promesse : Nicolas Sarkozy avait promis d'être le président du pouvoir d'achat. Or, il a menti et beaucoup de Français d'origine populaire lui en veulent énormément. La seconde raison est l'aveu d'impuissance publique. Dire que l'Etat est en faillite et que les caisses sont vides alors qu'on a fait des promesses mirifiques de croissance pendant la campagne, cela déroute...

Cela rappelle la formule de Lionel Jospin, « l'Etat ne peut pas tout »...

A ceci près que Nicolas Sarkozy est allé beaucoup plus loin dans la promesse et le volontarisme. Cet aveu d'impuissance contraste avec une campagne totalement démagogique orchestrée par l'infernal Henri Guaino, qui est toujours aux manettes. Mais aujourd'hui, les réalités s'imposent. La troisième cause de cette impopularité, c'est bien sûr cette désinvolture privée, le sentiment que le président de la République s'est détaché des Français pour se consacrer essentiellement à lui-même. Or, il a été élu pour agir et non pour son plaisir.

Croyez-vous à un raz de marée électoral en faveur du PS ?

Je me méfie des trop bons sondages. L'euphorie au PS pourrait avoir un effet pervers, celui de démobiliser notre électorat ou, dans la dernière ligne droite, de remobiliser la droite et de nous interdire les succès que nous pouvons espérer. Soyons très modestes, menons campagne jusqu'au bout, aussi bien dans chaque commune que sur le plan national, en rappelant que c'est l'occasion de donner un carton jaune à Sarkozy et de s'opposer à la politique de rigueur qui pointe après les municipales.

« Mon objectif, c'est d'en finir avec le sarkozysme en 2012 »

Que ferait le PS de cette victoire ?

Il faut en faire un usage intelligent et utile aux Français, qui pourront ainsi mieux se protéger localement des mauvais coups du pouvoir. Cette victoire ne doit pas être un substitut, mais un support à la rénovation du PS. Elle ne doit pas nous dispenser du travail de rénovation du parti. Ce travail est absolument nécessaire. Je ne me résigne pas à l'idée que le parti serait une machine à gagner les élections intermédiaires et ne serait pas capable de gagner les grandes élections nationales. Mon objectif, très clair, c'est d'en finir avec le sarkozysme en 2012. Or, ce ne sera pas possible si nous restons paresseux sur notre pensée et sur notre reconstruction en tant qu'organisation. Nous devons être beaucoup plus aigus dans la critique et l'opposition, beaucoup plus forts dans la proposition, beaucoup plus efficaces dans la conduite du parti.

Comment jugez-vous le bilan de François Hollande, à qui vous souhaitez succéder à l'automne à la tête du parti ?

François Hollande a traversé ces cinq dernières années une période qui n'était pas simple : il a fait ce qu'il a pu dans un contexte qui n'était jamais facile. Il faut lui reconnaître des mérites : il a évité l'explosion du parti et une gauchisation excessive. Il a su imposer une ligne réformiste au congrès de Dijon en 2003 et a ancré le parti à l'Europe. Depuis quelques mois, François prépare sa sortie. Je souhaite que ce soit une sortie par le haut, grâce à un succès aux municipales et à un congrès réussi. Cela ne doit pas être aussi un congrès de désignation : ce serait une erreur. Cela doit être un congrès de clarification et de remise en marche du PS. Le PS a besoin de paix interne, de clarté dans ses choix et d'une remise au travail.
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