Devoirs de gauche

Publié le par SD32

Moscovici-dimanche-16-mars-2008.jpgQue faire de la victoire de dimanche ? Elle nous donne des responsabilités. J’ai observé avec plaisir, dimanche, que la plupart des socialistes – la totalité de ceux qui se sont exprimés à vrai dire – l’ont compris et ont maîtrisé leur discours.

On attendait, ou on redoutait selon les points de vue, un démarrage immédiat du congrès, des déclarations fracassantes de candidature, le retour immédiat des egos, voire l’émergence des divisions. Il n’en a rien été, et c’est une bonne chose : je n’ai là-dessus que des réactions positives, soulagées, pleines d’espoir aussi.

Cette sagesse n’est pas due à une amélioration spontanée de la nature humaine, mais à une analyse partagée, assez facile à faire en réalité, du résultat. Celui-ci est formidable, et personne n’est en mesure de se l’approprier. Nos « grands maires » - Bertrand Delanoë, Gérard Collomb qui réclame à juste titre de prendre sa place dans le débat, Martine Aubry, Jean-Marc Ayrault, sont brillamment réélus. La plupart des leaders socialistes – François Hollande, Arnaud Montebourg, Manuel Valls, moi-même plus discrètement, améliorent leur situation dans leur « fief ». Ségolène Royal a fait campagne avec ardeur. Et la France est peuplée d’élus, anciens et nouveaux, qui comptent sur un parti rassemblé et mobilisé.

Moralité : celui qui dégaine a perdu ! Dès lors, la thèse d’un congrès apaisé, débouchant sur un travail collectif après un travail approfondi, gagne du terrain sur celle d’un congrès de désignation, porteur d’affrontements sans véritable objet et sans débouché clair. C’est, en tout cas, le climat d’aujourd’hui : durera-t-il ? Je le souhaite, parce que nous sommes confrontés à trois devoirs, qui exigent de nous rigueur, clarté et unité.

Le premier devoir est celui de remplir nos responsabilités locales

J’ai entendu parler, dimanche, des collectivités dirigées par des socialistes comme d’un « contre-pouvoir ». Je ne suis pas d’accord avec cette thèse. Nos maires, conseillers généraux ou régionaux, n’ont pas été élus pour contrer Sarkozy dans leur action quotidienne.

Ils l’ont été sur la base de projets de gauche, qui visent à la transformation sociale, à travers des politiques de solidarité, culturelles, environnementales, à travers l’éducation, le logement, l’éducation, les services à la personne, par la démocratie participative. Ils seront, pour l’État, des partenaires, légitimement exigeants, mais pas des adversaires.

Mais ils auront à prouver, par leur gestion, par leur réussite, qu’il y a, sur le terrain, une vraie différence entre la gauche et la droite. Cette différence existe, c’est même elle qui explique la confiance sans arrêt plus grande qui nous est faite dans ces scrutins. La réussite de tous dans ce travail, par son exemplarité, nous entraînera vers le haut.

Deuxième devoir, constituer une opposition ferme et intelligente

Nous avons réussi, dans cette campagne, à bander les ressorts du vote anti-Sarkozy. La voix nationale du PS, contrairement à ce qui a été dit ici ou là, s’est fait entendre avec une certaine cohérence en ce sens : frivolité du personnage, abaissement de la fonction présidentielle, inefficacité de sa politique économique et sociale, médiocrité de sa politique étrangère, risques d’un plan de rigueur, tous les arguments ont été donnés et ils ont fait mouche.

La leçon du scrutin a aussi été tirée en commun. Non, contrairement à ce qu’aiment à dire les ministres, ce n’est pas une « impatience » qui s’est exprimée, la réponse n’est pas une « accélération » des « réformes » comme le disent Xavier Bertrand ou Eric Woerth,  ni un « changement de méthode », comme ne cesse de le seriner Jean-François Copé, plaidant bien sûr pour sa chapelle. Le vote de dimanche, je l’ai vu dans mon pays de Montbéliard, est un vote de mécontentement, voire de colère, notamment dans l’électorat populaire. Le mensonge sur le pouvoir d’achat n’est pas passé, cette attente reste forte. L’injustice des franchises médicales blesse, les petits retraités souffrent, les bas salaires espèrent un geste.

C’est donc une réorientation de la politique économique, dans un contexte difficile et sans marge de manœuvre, qu’il faut demander. Mais avec deux bémols. Nous savons d’abord que Sarkozy a décidé de minimiser le succès de la gauche et la déroute de son propre camp, et qu’il fera la sourde oreille comme l’avait fait Jacques Chirac en 2004 – plus spontanément et naturellement pour l’ancien président : il faudra continuer à le critiquer sur ce point. Ensuite et surtout, il faudra désormais, pour être crédible, que le PS assortisse toutes ses revendications de contre-propositions chiffrées et finançables. Bref, il nous faut élever le niveau.

Troisième tâche : reconstruire et clarifier

Chaque jour grandit en moi la conviction que ce dont le parti a besoin n’est pas un chef suprême, moins encore un combat des chefs, mais un vrai programme de travail – idéologique, stratégique, rhétorique, méthodique – mené par une équipe soudée et désintéressée de la candidature présidentielle, autour d’un contrat de nature sociale-démocrate.

Dans les collectivités locales, nous avons convaincu par un réformisme affirmé, sans complexe. Demain, je souhaite que le PS soit capable au plan national d’être aussi crédible qu’il l’est dans l’action locale, qu’il se refuse à n’être que le parti des collectivités territoriales pour se donner toutes les chances de battre Sarkozy en 2012, puis de réussir au pouvoir.

Je demande que chacun y réfléchisse avant le démarrage de nos débats, qui seront tendus, mais dont nous pouvons sortir, enfin, tous renforcés.

Pierre MOSCOVICI
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