Barack Obama joue de la crise financière pour conforter sa stature d'homme d'Etat

Publié le par SD32

A qui profite l'incroyable désordre qui affecte la classe politique américaine après le rejet par la Chambre des représentants, lundi 29 septembre, du plan de sauvetage du système financier présenté par la Maison Blanche et pourtant soutenu par les directions du Parti démocrate et du Parti républicain ?

Une première enquête du Washington Post indique que les républicains (les plus nombreux à s'y être opposés) sont rendus responsables de l'échec de ce plan par l'opinion. Aucun sondage concernant la course à la présidence n'a encore été publié. Pourtant, le démocrate Barack Obama devrait logiquement en profiter.


C'est d'ailleurs la tendance qui se dessine des "paris" tenus sur des sites Internet comme celui de l'université de l'Iowa (iemweb.biz.uiowa.edu) ou intrade. com. Ces sites ne recueillent pas les intentions de vote mais permettent d'acheter ou de vendre quotidiennement des "actions" misant sur le succès de l'un des deux candidats, l'évolution des transactions augurant du pronostic des parieurs.

Pour nombre de politologues, ces sites se sont avérés, lors des derniers scrutins, plus fiables que les sondages et Barack Obama avait, mardi 30 septembre, encore creusé l'écart par rapport à son adversaire républicain, John McCain : 70 % des parieurs estimaient désormais qu'il l'emportera le 4 novembre, contre 30 % qui misaient sur le succès de son adversaire.

M. Obama a d'ailleurs tiré le premier en proposant le même jour que l'Agence fédérale de garantie des dépôts bancaires pour les particuliers, la Federal Deposit Insurance Company (FDIC), relève de 100 000 à 250 000 dollars le plafond de garantie pour ces dépôts. M. Obama a voulu rendre "concrète", pour l'opinion, la nécessité d'un plan sauvegardant au mieux la pérennité du système, alors qu'il est reproché au plan Bush de privilégier les milieux financiers. M. McCain a rapidement adhéré à la même idée.

Le chef de la majorité démocrate au Sénat, Harry Reid, s'est également rendu à cette initiative, soumise à son homologue de la minorité républicaine, Mitch McConnell, et qui devait finalement être intégrée dans la nouvelle version du plan, négocié entre les deux partis, qui devait être soumise mercredi aux sénateurs.

IMMOBILISER 200 MILLIARDS DE DOLLARS SUPPLÉMENTAIRES

En dépit du congé de mardi pour cause de Rosh Hashana, le Nouvel An juif, tous les responsables sont restés mobilisés, en liaison avec la Maison Blanche, multipliant les réunions et les appels aux adversaires du plan pour les convaincre de changer d'attitude.

Le seul problème de la proposition visant à protéger les épargnants est qu'elle nécessite d'immobiliser 200 milliards de dollars supplémentaires dans le fonds de garantie. Mais le chef de la minorité républicaine de la Chambre des représentants, John Boehner, a décidé de lui apporter son soutien.

Cela suffira-t-il à vaincre les réticences ? La majorité requise pour que le plan modifié soit adopté au Sénat est de 60 voix. Même si ce dernier est jugé plus favorable au plan, l'issue n'est pas acquise. Quant à la Chambre, où tous les représentants remettent leur mandat en jeu dans cinq semaines et qui suivent avec attention l'évolution de l'opinion, nombre de ses membres récusaient toujours ce plan, mardi soir, en dépit des avancées de la journée. Soit, côté républicain, parce qu'il pénalise les contribuables; soit, côté démocrate, parce que, comme l'a dit le représentant Lloyd Doggett, les "rustines" proposées sont jugées insuffisantes.

Une forte minorité de démocrates exige toujours l'insertion de mesures en faveur des victimes de saisies immobilières et des chômeurs. Ils souhaitent aussi que le plan incorpore l'interdiction du "short selling", où les investisseurs spéculent sur la baisse d'un titre et contribuent ainsi fortement à son éventuel effondrement.

Placée sous ces pressions contradictoires, la Maison Blanche a fait savoir, par son porte-parole, Tony Fratto, que "beaucoup d'excellentes idées" étaient avancées pour réglementer les marchés financiers et qu'elle allait "toutes les regarder". Mais qui, au fond, se soucie encore de ce que dit la Maison Blanche ? L'aura du président Bush, au plus bas, n'aura fait que se ternir plus encore avec la crise financière.

A l'évidence, M. Obama a choisi d'affermir sa stature d'homme d'Etat responsable, pour gagner les voix des indépendants, quitte à décevoir son aile gauche dont il juge sans doute les suffrages déjà acquis. M. McCain, quant à lui, redouble d'agressivité : mardi, après son adhésion à la proposition de son adversaire, l'un de ses messages publicitaires traitait M. Obama d'"hypocrite".


Source Le Monde
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Publié dans Politique

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