Promesse
Effet pervers des sondages : on attend à tort un raz-de-marée, il n’a pas lieu, et c’est la déception qui entoure le succès… Il faut pourtant le dire sans ambages : la gauche obtient une victoire.Quand 44 millions d’électeurs se prononcent, difficile d’ignorer leur message.
Pour autant, dans une France où le citoyen veut maîtriser sa vie quotidienne, les enjeux locaux jouent un rôle décisif. Les avertissements au gouvernement peuvent se perdre en route ; le maire, lui, est là pour six ans. Il décidera d’augmenter ou non les impôts, de réformer ou non les transports, d’agir ou non sur l’environnement. Nous sommes à l’heure de la planète et du village, compléments inséparables dans la mondialisation. La progression de la gauche, mais aussi la résistance de la droite dans plusieurs villes importantes, tiennent à ce facteur local.
Pour les socialistes, il y a là une leçon.
Leur solidité en centre-ville – à Lyon, Lille ou Paris – découle de l’évolution historique de l’électorat urbain. On trouve au cœur des grandes agglomérations les couches moyennes et supérieures, sensibles aux questions d’écologie et de logement. Deux points sur lesquels la droite subit un handicap. Plus que les prolos, les bobos fournissent une base fiable au PS. La gauche s’embourgeoise : elle en tire le bénéfice. Mais un autre facteur est à l’œuvre.
S’ils gagnent dans les villes et ailleurs, c’est aussi parce que les socialistes, par la force des choses, présentent des équipes unies, emmenées par un chef de file désigné à l’avance, sur des projets clairs. Le socialisme municipal, vieille figure de la gauche qui a ses états de service glorieux, contraint au réalisme et à l’imagination, à la cohérence et à l’unité. Toutes choses, précisément, qui manquent à la gauche nationale. Le message de ce premier tour, décidément, a plusieurs destinataires…